Mission Paraguay : 48 heures impossibles

Iguazu, déboussolante

Après avoir réussi à s’échapper du guet-apens Santa Fé, nous voilà en route vers notre hôte Claudio, à Ciudad del Este. À nous les chutes d’Iguazu ! La nature, le rêve du bout du monde, LE truc incontournable qu’on voulait absolument voir en Argentine, on s’en approche ! En cours de route, révélation :

— « Hé mais, tu sais que Ciudad del Este c’est au Paraguay et pas en Argentine ?
— Ah non… c’est pas grave c’est marrant d’aller passer une nuit au Paraguay ça nous fera un tampon en plus sur notre passeport !
— Ouais génial ! »

Arrivées à Iguazu, on saute dans le bus pour Ciudad del Este, rendez-vous devant Monalisa Shopping pour retrouver Claudio. Easy ! On passe la frontière argentine : un super tampon « Argentine SALIDA » ! Ça nous a pris 5 minutes, trop facile !

— « Putain Julie, c’est écrit en Portugais !
Normal on est au Brésil
On ne devait pas aller au Paraguay ?
— Beh si… »

Le bus repart, on passe devant le point de rendez-vous, on a loupé l’arrêt, comme d’hab, on descend au prochain. Bon à savoir : le bus ne s’arrête pas longtemps. Vraiment pas longtemps. C’est comme ça que je me suis retrouvée à sauter du bus en marche avec mon gros sac à dos… « Putain les chauffeurs paraguayens sont encore plus cons que les chauffeurs argentins ! J’aime pas ce pays… » Moindre mal, on se dirige vers le point de rendez-vous, 20 heures de voyage dans les pattes depuis Santa Fé, un peu fatiguées et énervées d’avoir dû sauter d’un bus en marche.

Vous aussi vous pensiez qu’on allait atterrir devant un centre commercial normal, ouvert, avec des gens normaux qui font les boutiques ? En fait, non. Centre commercial fermé, pas de crédit pour appeler Claudio, pas une âme dans la rue à part nous et des ouvriers qui font des travaux dans une rue sale. Autant vous dire que nous ne sommes pas du tout passées inaperçues dans ce décor. Claudio nous appelle enfin

— « J’ai une voiture blanche. »

Super merci Claudio, à croire que toutes les voitures sont blanches dans ce pays, on n’est pas aidées… On attend, longtemps. À ce moment-là pour nous le Paraguay c’est : sale, pauvre et les chauffeurs de bus sont cons. Bref, Claudio arrive dans sa voiture blanche-comme-toutes-les-autres-voitures, on s’y installe pour arriver au Parana Country Club, ou une dimension parallèle, au choix.

Un couchsurfing quatre étoiles

Le Parana Country Club c’est une ville dans la ville. Pour y pénétrer, il faut passer pas une, mais deux entrées, chacune avec des gardes armés. Jusqu’aux dents sinon c’est pas drôle. Une fois que tu rentres là-dedans c’est comme si t’avais changé de pays. T’effaces toutes les images que tu avais du Paraguay avant.

Des maisons de luxe de partout, genre Scarface (on a presque vu la réplique parfaite de la maison). À côté, Bel-Air à Los Angeles, c’est le tiers monde. Fontaine, terrain de foot, terrain de tennis et terrain de golf dans ton jardin. On ne vous parle pas des piscines, ça, c’est évident. Le concours de « qui à la plus grande ». Le 4×4 flambant neuf (devinez de quelle couleur était le 4×4 ?) qui traîne le bateau, qui porte les jet skis, et tout ça un mardi matin (à croire que là-bas les gens sont riches, mais de fait, ils n’ont pas besoin de travailler). Là on s’est dit que, pour un couchsurfing, le canapé ne sera pas si mal ; et que finalement, le Paraguay, on aimait bien… :)

Coincées entre le Paraguay, le Brésil et l’Argentine

Le lendemain matin on se lève tôt pour aller voir les chutes d’Iguazu, parce que c’est un peu le but initial, le Paraguay étant juste une erreur de parcours. Claudio nous envoie notre chauffeur – la classe – qui nous dépose aux trois frontières « Paraguay-Brésil-Argentine » – d’où les panneaux écrits en portugais – pour prendre un ferry et gagner du temps à la douane. Comme il est prévenant Claudio ! Sauf qu’à la douane :

— « Non vous ne pouvez pas sortir du Paraguay
— Ah ouais et pourquoi ?
— Parce que techniquement vous n’êtes pas rentrées
— Beh si c’est marqué là “Argentina SALIDA”
— Oui mais il est où votre tampon d’entrée au Paraguay ?
— Beh je sais pas ils ne l’ont pas fait en même temps que la sortie ?
— Non. Ça vous fera 300 pesos. »

Voilà pourquoi c’était « trop facile ». Là on se dit que le Paraguay c’est vraiment pourri, et que si on avait su on aurait pris un hôtel à Iguazu ça nous serait revenu moins cher ! Mais ça aurait été moins marrant… Après s’être disputées avec le douanier, le mec du ferry qui voulait nous faire payer un bras et une jambe l’embarcation sur sa planche de bois, avoir perdu deux heures de notre matinée, pesté sur le Paraguay et notre matinée pourrie, notre chauffeur nous dit de prendre un taxi une fois arrivées à quai pour rejoindre la gare routière. Là on s’est dit que la journée avait déjà mal commencé donc, foutu pour foutu, autant monter dans une camionnette avec des inconnus pour aller jusqu’à la gare routière. Et contre toute attente, tout s’est bien passé !

La malédiction du Paraguay

En revenant de notre super journée aux chutes d’Iguazu où on a vu le truc le plus incroyable de notre vie, on demande le prochain bus pour regagner Ciudad del Este. Il est à 18 h 30, il est 18 h 15, timing parfait ! Le bus arrive : — « Hola ! Pour aller à Ciudad del Este ? – À non désolé le dernier bus était à 17 h 45. » Là vous serez d’accord avec nous : le Paraguay ne nous aime pas. Il ne veut pas de nous chez lui, les signes sont clairs. On garde notre calme, on sera plus malignes que lui. « Allô Claudio ? On est coincées en Argentine là tu peux venir nous chercher à la frontière ? Merci » (Claudio, si tu nous lis, on n’a pas été les meilleures couchsurfeuses et on s’en excuse).

On prend le bus qui nous amène d’abord à la frontière Argentine-Brésil pour faire tamponner notre passeport « sortie Argentine ». Et comme on n’a pas envie de se faire avoir une deuxième fois, on demande au douanier où on peut faire tamponner notre passeport « ENTREE ». Il nous dit qu’il s’occupe que de la sortie, que là on rentre au Brésil mais que comme c’est que pour 20 minutes, inutile de faire tamponner votre passeport, vous le ferez direct au Paraguay. Le chauffeur de bus acquiesce et nous confirme qu’il nous amènera à la frontière paraguayenne. OK. Le chauffeur nous dépose (et patiente à l’arrêt le temps qu’on descende cette fois !) à la frontière Brésil-Paraguay en nous indiquant bien le chemin pour aller nous annoncer à l’immigration. On arrive à la douane :

— « Witchassaon-witchassaon-witchassaon-witchassaon
— Claire, je comprends rien…
— C’est normal il parle en portugais. Il a dit qu’on est à la douane du Brésil et nous demande où est notre tampon d’entrée si on veut sortir
— Claire, j’ai envie de pleurer…
— Witchassaon-witchassaon-witchassaon-witchassaon
— Claire…
— Il dit que pour cette fois ça va il faut qu’on aille vachement plus loin pour rentrer au Paraguay. »

Et là, miracle, Claudio tel un chevalier sur son cheval blanc (bon c’était une voiture mais c’est pareil) nous apparaît ! Voilà notre sauveur ! Il nous amène à la frontière paraguayenne, notre passeport est tamponné, et notre portefeuille n’est pas vidé ! Hourra !

Épilogue

Le lendemain, le chauffeur arrive : on lui demande qu’il nous laisse à la frontière du Paraguay pour le tampon sortie, puis qu’il nous laisse à la frontière argentine pour notre tampon d’entrée. Il a bien compris, il a même dit « oui pas de problème » ! Le bus démarre, roule, s’arrête. On arrive à la douane, trop fières de nous :

— « Claire, on est à la frontière argentine…
— Bon on verra…
— Claire, ils m’ont fait qu’un tampon “entrée en Argentine”…
— À la dame de la douane : où on peut faire notre tampon de sortie du Paraguay ?
— Au Paraguay
— C’est loin ?
— Beh faut repasser par le Brésil
— Ah… et c’est vraiment important ?
— Si vous voulez retourner au Paraguay un jour…
— T’auras envie de retourner au Paraguay un jour toi ?
— NON JAMAIS !

Le lendemain
— “Ouah ça a l’air trop stylé ça ! C’est où ?
— Au Paraguay…
— Et merde…”

Un mail plus tard
— “Claire, faut qu’on retourne au Paraguay demain…”

Ce n’est "que" la deuxième fois en trois ans que je plaque tout pour partir loin. La première fois c’était en 2010, un peu pommées après l’obtention de notre licence nous avons décidées avec deux amies de partir « loin » et nous avons mis les voiles pour l’Australie quelques mois plus tard… L'été dernier, Claire m’a envoyé par texto « tu viens avec moi en Argentine ? » j’ai dit « ok ». Si elle m’avait dit « Bali » ou « Afrique du Sud », j’aurais été partante aussi. Avec le sens de l’orientation sans faille de Claire et ma chance légendaire, on tend bien à devenir les miss catastrophe du voyage (mais ne vous inquiétez pas, on garde le sourire quoiqu'il arrive).

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Sacrée histoire… Mais oui ça n’aurait pas était si marrant sinon :)

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