Voilà maintenant 3 ans que je voyage, j’ai bien eu des aventures, mais je ne suis jamais allé au point de tester mes limites. C’est pourquoi, aujourd’hui au Canada, je me suis lancé un défi et pas des moindres : celui de traverser seule le Canada en stop en partant de Montréal pour finir sur Vancouver, en Colombie-Britannique. Voici le récit de mon aventure.

Départ de Montréal avec le sourire ;)

Premier jour —De Montréal à Sault Sainte Marie

Je demande à mon ami Antonin de me déposer en dehors de la ville de Montréal, de manière assez stratégique pour être facilement prise en autostop. Pour bien commencer ce voyage en voiture, nous recevons une belle amende (on a tendance à oublier qu’on ne peut pas tourner n’importe où, même au Canada).

Finalement arrivée à bon port, je lève pour la première fois mon panneau « West, as far as you can » en direction de la transcanadienne highway.

Quelques secondes plus tard, j’ai mon premier ride : l’aventure commence ! Mais s’interromps malheureusement au bout de 20 min seulement, car mon conducteur doit s’écarter de la highway, il me dépose alors directement sur l’arrêt d’urgence pour prendre mon prochain conducteur.


Là, je commence à comprendre ce qui est en train de se passer : je me retrouve seule avec mon sac à dos sur le côté d’une highway où des voitures et camions roulent à plus de 100 km/h à côté de moi. Non, je ne cède pas encore à la panique en appelant un Uber, je reste calme et je lève fièrement mon panneau. Après quelques minutes j’ai mon second ride : un camion (qui d’autres voudrait s’arrêter en plein milieu d’une autoroute ?).

Dans l’attente d’une voiture, au bord de la highway

On apprend à se connaître rapidement, mais malheureusement il finit vite par me déposer lui aussi. C’est donc une autre attente au bord de l’autoroute et j’espère au plus profond de moi que ça ne sera pas comme ça tout le long de la transcanadienne. Un autre camion s’arrête. Une fois à l’intérieur, je me rends compte que je viens de perdre une chaussure de randonnée attachée sur mon sac, probablement en cours de route. J’en fais le deuil instantanément, hors de question de faire marche arrière. Cette fois-ci, le trajet dure plus longtemps, je prends le temps de faire connaissance avec mon conducteur, un vieux monsieur extrêmement sympathique originaire d’Ontario, on parle respectivement de nos vies et j’en viens même à savoir qu’il a fait de la prison pendant 8 ans ! Je commence à me dire que je vais avoir pas mal de rencontres assez originales lors de ce périple.


Une fois à Ottawa, je suis transportée par plusieurs autres personnes, tous avec des vies et visions différentes, j’apprécie ça, j’en apprends beaucoup à chaque fois. Mon dernier ride se fait avec un militaire nommé Kevin, qui doit se rendre à Sault Sainte Marie, le lieu où je souhaitais me rendre le lendemain soir !!! J’accepte sans hésiter même si je sais que nous allons y arriver dans la nuit. Sur le chemin, il me propose de partager une chambre dans un hôtel (celle-ci étant payé par son travail) pour éviter de planter ma tente n’importe où dans la nuit. Même si j’hésite au départ (je suis quand même une fille voyageant toute seule), je suis mon instinct en acceptant. Arrivée sur place, je suis ravie de savoir que je dors dans un lit pour moi seule, et ce pour absolument rien. Jamais je n’aurais pensé faire ma première nuit d’autostoppeuse dans un endroit aussi confortable avec petit déjeuner inclus le lendemain matin.

Deuxième jour —De Sault Sainte Marie à Thunder Bay

Je commence le stop à 10h, après 20 min d’attente, Brandon, originaire de Marathon m’offre un trajet de 4h jusqu’à sa ville d’origine : on peut dire que j’ai de la chance. J’en apprends plus sur lui et sa famille. Sa fille dès l’âge de 8 ans commençait déjà à chasser et partir toute seule dans la forêt ; les clichés du Canadien typique sont donc bien véridiques.

La route en chemin est absolument incroyable, elle longe les Grands Lacs d’Amérique du Nord, tellement grand que l’on a l’impression qu’il s’agit de la mer, un peu déstabilisant d’ailleurs. Une fois arrivée dans la ville, je prends du temps pour manger, qui s’écourte finalement à cause des innombrables moustiques et petites mouches qui m’envahissent, hors de question de rester plus longtemps dans les parages.

Les Grands Lacs d’Ontario

En moins de 2 min, j’ai mon second trajet de la journée, un camionneur nommé Jorge, qui doit se rendre cette fois-ci à Thunder Bay, à 10h d’ici et sur mon chemin : j’ai définitivement beaucoup de chance. Je décide de faire la route avec lui. Le soir venu, il me propose de me laisser de l’espace à l’intérieur du camion sur le sol. J’accepte de nouveau même si cette idée me serait apparue complément farfelue en France. Après un bon repas accompagné d’une bière dans le pub du coin, le réveil à 4h le lendemain matin va piquer !

Troisième jour —De Thunder Bay à Brandon

Réveil donc 4h du matin, mais Jorge me propose de continuer ma nuit à l’arrière si je le souhaite pendant que lui conduit, j’accepte volontiers ;) Quelques heures plus tard, nous arrivons à destination et nous profitons de ce moment pour un petit déjeuner dans un arrêt spécial « camionneurs », typique américain. Après ça, c’est déjà le moment de se dire au revoir. Ce fut une très belle rencontre…

Lors de ma prochaine attente, deux autostoppeurs viennent à ma rencontre pour me proposer de monter avec eux dans le même camion qu’ils ont déjà trouvé. Ils sont accompagnés de leurs deux chiens, ce qui n’a pas dérangé notre conducteur Kyle qui avait besoin de compagnie, car il traverse tout le pays. Je me pose à l’arrière sur le lit et j’en profite pour dormir une grande partie du chemin. Après quelques problèmes sur la route (changement de roue), on arrive à Winnipeg où je décide de continuer mon chemin seule pour trouver un camping en dehors de la ville.

Le co-conducteur d’un camionneur

C’est au tour de Vernon de me prendre stop, un métis à moitié indien et français. Il me parle de son périple à cheval chaque année vers New York pour répandre la paix entre les populations. Encore une fois, de belles conversations et une belle rencontre.

Le soleil commence à se coucher, je décide de faire le pouce pour une dernière fois jusqu’au prochain camping. Il commence à pleuvoir et venter, j’espère trouver un conducteur facilement. Un local nommé Ash finit par s’arrêter et après lui avoir brièvement raconté mon parcours, il me propose sans attendre de venir manger avec sa famille et dormir chez eux pour parler de toutes mes aventures. J’accepte avec grand plaisir et je passe un merveilleux moment avec eux (je ne dormirai pas encore dans ma tente ce soir).

Quatrième jour —De Brandon à Brooks

Je continue ma route pour l’ouest, j’en suis déjà à plus de la moitié du chemin. Il m’est toujours difficile (surtout le matin au réveil) de faire du stop au bord de l’highway, et plus particulièrement quand les camions roulent à 110 km/h à côté de toi. Après quelques minutes, c’est au tour de Carmen de me prendre en stop et cette fois-ci c’est jackpot : il se rend à Vancouver !!! J’ai tout de même envie de m’arrêter quelques jours dans la région des Rocheuses, ce qui se trouve tout de même sur sa route. Je passe la journée avec lui, à discuter de choses de la vie. J’ai vraiment le sentiment que d’être deux personnes inconnues dans un espace aussi confiné que la voiture, et ce pendant un certain temps, mène à se confier beaucoup plus rapidement, mais aussi à être beaucoup plus ouvert à l’autre. Je passe un super moment avec lui, la route passe extrêmement vite. Pourtant, les paysages qui nous entourent sont plats et hypnotisant.

Carmen et son fidèle camion

Aussi, il fait absolument tout pour que je me sente comme chez moi. En fin de journée, j’en viens même à me prendre moi-même pour une camionneuse. Alors qu’à mes débuts j’avais du mal à grimper à l’intérieur d’un camion, je suis aujourd’hui une experte !

Pour la fin de journée, ce n’est toujours pas le moment pour moi de planter ma tente. En effet, Carmen me propose de dormir dans son truck tandis que lui dormira dans le truc de son ami. Décidément, je reste ébahi par la sympathie de toutes ces personnes.

Cinquième jour —De Brooks à Banff

C’est à 5h que l’on se lève pour rejoindre les Rocheuses, un ensemble de montagnes plutôt impressionnantes. Il faut qu’elles se soient fait attendre, voilà maintenant plus de 15h que l’on roule dans les prairies. Après avoir passé Calgary, nous apercevons enfin les premières montagnes. L’entrée à l’intérieur est à couper le souffle, les montagnes sont spectaculaires et incroyablement immenses, j’en reste bouche bée. Finalement arrivée à Banff, c’est malheureusement le moment de dire au revoir à mon cher Carmen, avec qui j’aurai passé un moment incroyable. J’ai un pincement au cœur quand le camion se remet à démarrer sans moi à l’intérieur… Les jours suivants, j’en profite pour faire quelques randonnées afin de découvrir cet endroit tout simplement incroyable.

Sur la route de Banff

Sixième jour —De Jasper à Kamloops

Après quelques jours à profiter des beaux paysages d’Alberta (dont un article entier doit être consacré à cette partie !!), c’est à Jasper que je reprends la route pour Vancouver. Plus que 9h de route avant mon arrivée ! Cette fois-ci, c’est 2 Californiennes qui voyagent en van qui s’arrêtent pour me prendre. Je m’installe confortablement à l’arrière du van et j’en profite pour admirer les paysages toujours aussi incroyables en chemin. Le soir, on s’arrête dormir dans un camping puis le lendemain elles me déposent dans la ville de Kamloops.

Un de mes arrêts en stop : Le Mont Robson

Septième jour —De Kamloops à Vancouver

Plus que 4h30 avant l’arrivée à destination ! Mais finalement, ça va devenir la partie la plus difficile de tout mon séjour. Je dois marcher un bon moment avant de trouver un bon spot pour commencer à lever mon panneau. En cours de route, une personne me propose de me déposer dans un endroit stratégique… qui n’en était finalement pas vraiment un… Il me dépose sur le bord de l’highway avec aucun moyen pour les conducteurs de se garer et qui plus est, assez dangereux. J’y reste tout de même 45 min (de trop) sans que cela fonctionne. Je sors donc de l’highway pour me rendre à un autre endroit, qui cette fois-ci fonctionne très bien. C’est d’abord Hossein, l’irakien expatrié qui me prend en stop, ensuite Guido, l’italien dévergondé et finalement Neil, le Canadien mécanicien qui fait un détour et me dépose à quelques minutes seulement de mon logement à Vancouver !

Préparer sa traversée du Canada en stop

Au plus léger, au plus simple ! J’ai dû parfois marcher de long moment avec mon sac sur le dos, j’ai donc voulu l’alléger au maximum en ne prenant que le strict nécessaire et surtout des vêtements et objets utiles (on oublie les vêtements de soirée pour cette fois-ci).

Comme je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre au niveau des températures et du temps sur la route, j’ai dû prévoir à la fois des vêtements chauds (pull, bonnet, leggins, grosses chaussettes) et des vêtements légers (short, tee-shirt, maillot de bain). J’ai investi dans un bon imperméable (même si j’avais toujours quelques sacs poubelles en supplémentaire dans mon sac en cas de grosses averses). J’ai aussi opté pour 3 paires de chaussures (une pour la randonnée, des sandales, et une pour tous les jours) et 2 pantalons de randonnée.

Je me suis aussi fait une petite trousse de pharmacie/toilette avec les indispensables, mais aussi une crème solaire, un antimoustique, et une crème anti-démangeaisons (les moustiques sont des mutants au Canada !).

Pour les autres accessoires utiles en camping au Canada, j’ai aussi apporté :

  • un couteau suisse,
  • une lampe frontale,
  • une batterie externe,
  • un guide,
  • une carte du Canada,
  • des cordes,
  • une bombe anti-ours,
  • une tente,
  • un matelas,
  • un sac de couchage.

Dépôt Plein Air à Montréal est l’endroit idéal pour se fournir en matériel de camping à prix bas, ils ont un rapport qualité/prix très intéressant.

10 jours, 29 personnes et moins de 100 euros

En comptant les quelques jours à me balader dans la région des rocheuses, j’aurais traversé le Canada en stop en 10 jours. 29 personnes m’auront permis de parcourir tous ces kilomètres. Et grâce à leur générosité et leur soutien, mon voyage m’aura coûté moins de 100 euros sur les 10 jours (logement et nourriture).

Il est difficile de faire le premier pas dans ce type d’aventure, souvent considéré comme risqué, surtout pour une femme seule. Pourtant malgré tous les a priori que l’on peut avoir, mon voyage en stop n’a jamais été dangereux. Je ne me suis jamais sentie en insécurité, on ne m’a jamais manqué de respect, bien au contraire. Je pense aussi que le fait d’être une fille m’a grandement facilité les choses, notamment au niveau des logements. Personne ne voulait me voir dormir en plein milieu de la forêt ou en ville, seule dans ma tente. Toutes les personnes qui m’ont conduit ont été d’une gentillesse inégalée, à m’aider dans mon périple en le rendant le plus agréable possible. J’ai aussi partagé des moments exceptionnels avec ces personnes, des conversations que je n’aurais probablement jamais pu avoir en dehors de ce contexte. Je sors grandie de cette expérience, enrichie par ces rencontres, et émerveillée par ce merveilleux pays qu’est le Canada. Il s’agit probablement de l’un de mes plus beaux voyages et pourtant j’ai passé la majeure partie de mon temps à être dans une voiture et à rouler, rouler, rouler…

Dans les prairies

Article mis à jour le 24 juillet 2017