Après presque deux ans passés au Yukon, le moins que je puisse dire, c’est que mes expériences professionnelles pendant mon PVT Canada ont été diverses, variées et bien loin de mon domaine d’expertise initial. J’ai ainsi oscillé entre comptable, journaliste, adjointe de direction, assistante exécutive, professeure de français pour adultes anglophones et hôtesse de caisse ! Autant de contrats qui m’ont permis d’évoluer dans différentes organisations et de parfois me confronter « au choc des cultures » d’entreprises ; tantôt positivement, tantôt négativement…

Bien sûr, je ne suis pas une professionnelle de l’emploi, mes observations sont basées sur ma propre expérience. Elles vous permettront néanmoins de vous donner un aperçu de ce qui peut vous attendre lors de vos premières recherches d’emploi au Canada.

1 — Le CV canadien et la lettre de motivation

Contrairement à son homologue français, le CV canadien n’a pas vraiment de restriction de longueur : il peut tenir sur deux pages comme sur cinq, même s’il est préférable de se limiter à deux. Il est conseillé de le rédiger en reprenant les mots clés de l’offre d’emploi à laquelle vous répondez, notamment s’il s’agit d’un emploi temporaire au gouvernement où votre CV sera seulement analysé par un ordinateur. Si vous n’avez pas assez de termes identiques à l’offre, vous serez alors éjecté du processus avant même qu’un humain daigne s’intéresser à votre candidature. C’est donc quasiment un copier-coller de l’offre d’emploi qu’il faut réorganiser dans votre CV, selon vos diverses expériences, tant professionnelles que de volontariat. Gardez en tête que le processus de recrutement au Canada est basé sur un système de points, avec une grille d’évaluation précise. Plus vous collerez aux exigences recherchées pour le poste auquel vous postulez, plus vous marquerez des points dès le début, vous permettant d’accéder à l’étape suivante.

Chaque tâche que vous décrivez dans votre curriculum vitae doit permettre de mettre en avant la compétence qu’elle vous a permis d’acquérir. C’est vraiment le plus important (de détailler vos capacités) et c’est ce qui vous permettra de dégoter presque n’importe quel job, même s’il n’est pas lié à votre domaine de formation ou à la suite logique de votre carrière. De mon exemple personnel, dans mon premier emploi, en France, je m’occupais d’opérations de construction de logements, pour lesquelles, je devais tenir un budget de plusieurs millions d’euros. J’en ai tiré la compétence, basique, « à l’aise avec les chiffres », qui m’a permis de devenir comptable (tenue de livres).

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De l’art de bien rédiger son CV Canadien

Autre petite particularité pour votre CV : mis à part votre prénom et votre nom de famille, aucune information personnelle ne doit y être mentionnée. Exit donc, votre photo ou les « marié, 3 enfants, permis B » que l’on retrouve habituellement dans nos entêtes français.

Préciser la détention du permis de conduire dans un CV canadien

Si vous postulez pour une offre détaillant que vous devez posséder un permis de conduire (classe 5 : particulier > déplacement professionnel ; classe 4 : commercial > transport de personnes), il conviendra de le mentionner dans la partie profil de votre curriculum.

 À retenir pour le CV Canadien

Règles essentielles du CV au Canada :

  • Pas de restriction de longueur
  • Les expériences sont plus valorisées que les études (y compris le bénévolat)
  • Faites ressortir vos capacités de travail
  • Reprenez les mots clés des annonces
  • Proposez des références et personnes référentes
  • Pas de photos ou détails personnels

Exemples de CV Canadien :

Équivalence des diplômes entre France et Canada :

Pour la lettre de motivation, il n’y a que sa formulation qui présente une différence. Ici, elle est appelée lettre de présentation, mais est similaire dans sa rédaction à celle dont nous, français, sommes familiers. Le but : se présenter et décrire pourquoi vous êtes le ou la candidat(e) idéal(e) pour le poste.

2 — L’entretien d’embauche au Canada

Une fois votre candidature retenue, et dans la majorité des cas pour un emploi qualifié, vous n’accéderez pas directement à une entrevue. Vous devrez d’abord procéder à un test écrit, généralement depuis votre domicile. Envoyé par email avec toutes les explications (date limite pour renvoi de votre production et consignes à suivre), il permet à l’employeur d’affiner sa pré-sélection de candidats. Personnellement, je n’en avais jamais passé en France… depuis chez moi du moins. Il peut être relativement simple : rédaction de lettres, création d’une liste d’actions à mener dans une situation donnée… et ne prendre que quelques heures ; ou alors nécessiter des recherches plus poussées et demander plusieurs jours de travail… le tout, non rémunéré bien sûr !

Ça y est, vous décrochez un entretien d’embauche ! Youpi ! À partir de maintenant, par contre, oubliez tout ce que vous connaissez de la France. Enfin, moi, c’est l’impression que ça m’a donnée ! En arrivant dans la salle de réunion, une copie des questions qui me seront posées pendant l’entretien m’attendait face à ma chaise, et la directrice des ressources humaines m’annonçait que j’avais une trentaine de minutes pour me préparer… Ici, on part du principe qu’il faut donner les meilleures chances aux candidats de se défendre. Alors, en toute transparence, chacun dispose d’un temps de préparation équivalent, face aux mêmes questions.

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L’entretien d’embauche canadien : pas de questions piège et un temps de préparation

La logique de rédaction du CV se retrouve dans les questions posées : la plupart sont des mises en situation (« Citez-moi un exemple de conflit que vous avez vécu au travail. Comment l’avez-vous géré ? »…), voire des jeux de rôle, mis dans le contexte de votre possible futur emploi (c’est comme ça que je me suis retrouvée à demander à des recruteurs de Parcs Canada comment ils feraient s’ils croisaient un ours pendant leur rando !). Bref, beaucoup plus de pratico-pratiques qu’en France et peu de place pour balayer votre parcours professionnel, déjà détaillé dans votre candidature initiale.

L’entretien prend fin, et on vous rappellera dans quelques jours. Si vous êtes l’élu, on vous recontactera et on vous demandera de communiquer le nom de personnes référentes pour témoigner de vos qualités. Cela sous-entend que le job sera à vous, si vos patrons ou collègues précédents étaient satisfaits de votre travail.

Vérification des références

Légalement, le service des ressources humaines n’a pas le droit de contacter directement vos anciens employeurs. Vous devrez lui communiquer les informations d’une ou deux personnes avec lesquelles vous l’autorisez à prendre contact. Choisissez bien.

3 — Contrats et salaires au Canada

Aucune surprise concernant les types de contrats : on retrouve les mêmes qu’en France, avec des noms différents. Temporaire pour CDD, Permanent pour CDI, ou alors contractuel pour le reste. Sur ce dernier point, je dirais qu’il existe une facilité au Canada à obtenir des contrats, sans être enregistré nulle part. Je m’explique. Moi, Kelly, je ne possède aucun statut autre que mon PVT Canada. Pendant toute sa durée, je peux signer n’importe quel contrat avec n’importe quel employeur, et recevoir mon indemnisation seulement avec une facture que je crée pour l’occasion. Pas besoin donc d’autoentreprise ou quoi que ce soit : c’est le statut « indépendant ». Il convient cependant de garder une trace de tous vos revenus obtenus par ce biais, car vous devrez les déclarer aux impôts ! C’est à ce moment-là que l’Agence du revenu du Canada calculera les cotisations obligatoires que vous auriez dû payer et les ajoutera à votre imposition de l’année.

Pour la majorité des emplois temporaires, vous indiquerez vos horaires sur une feuille de temps et vous serez payé à l’heure. Pour les postes permanents, ce sera un forfait annuel pour votre rémunération, et bien que vous ne pointerez pas vos heures, vous pourrez demander à récupérer (en temps ou en argent) les heures supplémentaires que vous pourriez être amenés à faire. Rien de bien différent avec la France me direz-vous. Certes ! Par contre, ici, on reçoit habituellement sa paie tous les 15 jours (parfois à la semaine, plus rarement mensuellement), ce qui permet une meilleure gestion de son budget. Plus besoin donc de se serrer la ceinture en fin de mois !

4 — Une ambiance de travail plus détendue

Sans non plus être non cordiales, les relations professionnelles en France ont tendance à être davantage protocolaires et formelles qu’au Canada. Le vouvoiement systématique ; le bonjour Monsieur Intel, en lui serrant la main, ou la bise aux collègues en arrivant au travail, sont des pratiques quasi quotidiennes. Ici, on tutoie tout le monde avec le « you » anglais (que ce soit un chef direct, un N+2, un directeur général ou même un ministre !), on se dit juste bonjour, sans les fioritures qui l’accompagnent, et on appelle tout le monde par son prénom, voire son surnom… Beth, Kate, Rob, Dave, Jim et j’en passe ! Dis comme ça, l’ambiance a en effet l’air plus relax. Et c’est bien le cas ! Cela n’enlève rien au respect que les uns portent aux autres, ou même à la productivité au bureau.

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À l’image des paysages paisibles, l’ambiance au travail est relax au Canada. ©Kelly Tabuteau

De ce que j’ai observé aussi, il n’y a pas de code vestimentaire à absolument appliquer. Il y a quelques années, MacDo lançait sa campagne publicitaire « Venez comme vous êtes », et c’est vraiment le sentiment que je ressens dans les divers lieux où j’ai travaillé au Canada. Ce qui compte, c’est vraiment vous, vos capacités et votre efficacité à effectuer la tâche qui vous incombe. Vous voulez venir en short, en tong, avec des dreadlocks, des cheveux rouges ou des tatouages partout, pas de problème ! Votre personnalité et votre style peuvent être assumés sans difficulté. Les compagnies canadiennes l’ont bien compris : quand on se sent soi-même, sans besoin de se « déguiser » au travail, cela aide les gens à être détendus et davantage productifs, permettant une ambiance décontractée, tout en restant professionnelle.

5 — La communication : directe… mais pas trop !

Au Canada, j’ai été plusieurs fois surprise (pour ne pas dire offusquée) par le ton de certains emails… Ici, on va droit au but ; la communication est précise, sans détour, ni broderie, avec une présentation logique, dans un langage limpide ! Le contenu du message est bien plus important que le contexte, si bien que l’on peut se retrouver, de temps en temps, avec des courriels de quelques mots seulement, qui peuvent paraître assez froids et secs ; ou alors avec une demande simplement résumée dans l’objet du mail, sans aucun corps de texte… On oublie aussi les débuts de mail « Monsieur Intel bonjour », non adaptés aux coutumes de la langue de Shakespeare et on y va directement avec « Hi Jake », même si on ne connait pas la personne pour un sou !

Ce qui est assez paradoxal par contre, c’est qu’on n’adresse jamais vraiment une demande de front. On écrira rarement : « Je vous remercie de votre retour pour lundi », mais plutôt : « Il serait apprécié d’avoir un retour pour lundi ». On ne s’engage donc pas personnellement. Est-ce lié à l’évitement des conflits, bien connu dans la culture anglophone ? Tourner des phrases telles quelles est en effet un moyen de limiter les prises de têtes. Si elles devaient tout de même avoir lieu, elles se régleraient tout en douceur, sans hausser la voix, ce qui peut parfois représenter un certain challenge.

6 — Horaires de travail et pauses au Canada

En France, j’ai toujours travaillé dans des entreprises aux horaires flexibles, me permettant de m’organiser comme je le souhaitais tant que mes tâches étaient faites. A priori, j’ai eu de la chance, car ce n’est pas une généralité, surtout en région parisienne, où, partir avant 18 h peut être mal vu. Au Canada, du fait de l’autonomie laissée au quotidien, chacun est responsable de son propre planning. Souvent on commence plus tôt qu’à Paris (aux alentours de 8 h) pour finir sa journée entre 16 et 17 h. Rester plus tard est vraiment inhabituel, sauf à l’approche d’une réunion ou d’un événement très important. Ici, la vie de famille, tout comme le temps libre, a une place primordiale, si bien qu’après le boulot, une deuxième journée peut commencer. Mon mantra, depuis plusieurs années déjà, mais qui se révèle davantage d’actualité au Yukon, s’applique finalement à l’esprit professionnel canadien : « Travailler pour vivre, et non vivre pour travailler » !

Par contre, quand on est au travail, on est au travail. Les pauses sont moins nombreuses qu’en France (une de quinze minutes en matinée, une autre en après-midi, puis c’est tout) et la pause déjeuner, elle, est beaucoup plus courte. On mange sur le pouce, dans l’espace prévu à cet effet, la boîte à repas que l’on a apportée ; et cela ne prend pas plus de 30 minutes !

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Les pauses déjeuner sont peut-être moins longues, mais le cadre reste idyllique ! ©Kelly Tabuteau

7 — Les congés payés, heures maladie et jours fériés

On a souvent moins de congés payés qu’en France (l’équivalent de 2 à 3 semaines), mais il est possible de négocier ce point à l’embauche. Certains Français préfèrent alors laisser passer un salaire un peu moindre et obtenir une semaine de vacances supplémentaires… C’est à vous de voir. Le bel avantage du Canada, c’est que ces congés s’accumulent tout au long de l’année sous forme de pourcentage d’heures travaillées. On peut donc prendre des vacances régulièrement et non pas attendre un an que le stock de jours soit rempli. Il est aussi plus facile de demander des congés sans solde, tout en restant raisonnable.

Yukon Canada Aurores boréales

Et dire que certains sont payés pour apprendre aux touristes à prendre des aurores boréales en photos… Moi, je suis obligée d’attendre mes jours de congés ! ©Kelly Tabuteau

À chaque période de paie, on accumule des heures « maladies » (toujours un pourcentage des heures travaillées), utilisables quand on est malade (logique, non ?) ou si l’on a besoin de prendre des rendez-vous médicaux pendant nos heures de travail. Pour des arrêts inférieurs à 2 ou 3 jours, aucun justificatif ne vous sera demandé.

Profiter des heures maladies

Il en va sans dire qu’il y a des abus… comme partout ! Puisqu’aucune preuve n’est à fournir, certaines personnes décident d’appeler le matin, prétendant être malades, et vont finalement profiter de leur journée pour une belle randonnée ou autre. Pas besoin de préciser les conséquences si vous vous faites choper…

Enfin, le nombre de jours fériés dépend de la province ou du territoire dans lequel vous vous trouvez. S’il tombe un samedi ou un dimanche, il est reporté au lundi suivant ! Ainsi, presque chaque mois, vous avez un week-end de trois jours ! Vous ne serez donc pas trop déçu que les RTT n’existent pas au Canada.

8 — La ponctualité canadienne

Il semblerait que les Français possèdent une image de retardataires. Je ne sais pas vraiment d’où elle vient, car depuis que je suis ici, j’ai l’impression de passer mon temps à attendre les Canadiens (« I’ll be there in 5 minutes » qui deviennent facilement une vingtaine, voire une trentaine de minutes). Bref, il s’avérerait que, partant du principe, qu’en France, il y a souvent des personnes qui arrivent 5 à 10 minutes après l’heure prévue de la réunion, chacun devient un peu moins regardant sur sa montre et arrive effectivement après le début de la rencontre… Au Canada, c’est plutôt mal vu ! On arrive dans la salle quelques minutes avant, avec son thé, café ou verre d’eau, et la réunion commence à l’heure.

coucher de soleil yukon canada

C’est un peu comme pour un coucher de soleil, on doit arriver à l’heure si on ne veut pas louper le spectacle. ©Kelly Tabuteau

J’aurais pu citer bien d’autres distinctions, par exemple le fait que le bureau est un environnement sans odeur/parfum, que le Comité d’Entreprise n’existe pas, ou encore que la mobilité au sein d’une même entreprise est chose courante au Canada (beaucoup acceptent un poste inférieur à leurs compétences sachant qu’ils vont gravir les échelons rapidement). Finalement, comparer deux cultures complètement différentes n’est pas chose aisée !

Et vous, y’a-t-il d’autres choses qui vous ont marqué dans votre nouvel environnement professionnel ?

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Article mis à jour le 26 août 2018