Quelques démarches pour obtenir votre PVT Argentine et une quinzaine d’heures (au mieux) de vol : et voilà, vous êtes en train de fouler le sol de la capitale argentine, la fascinante et sauvage Buenos Aires. Ça, c’est le côté chouette. Le côté un peu plus perturbant, c’est que tout est un peu différent… et un peu compliqué. Et les argentins parlent furieusement argentin : ils mangent la moitié des mots, ce qui vous laisse seulement 50% de chances de les comprendre (c’est mathématique). Nous avons donc tiré de notre expérience ce mini-guide, qui vous permettra de survivre à la capitale… Voire de l’adopter !

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Plaza de Mayo, Buenos Aires, Argentine

Près de la Plaza de Mayo, au printemps.

S’orienter : la cuadra, la manzana et la esquina

Buenos Aires, c’est (vraiment) (mais vraiment) grand. Du coup, la notion de distance porteña est légèrement différente de la nôtre : culturellement, le « à côté » argentin peut atteindre jusqu’à 10 fois le « à côté » français (sûre qu’il existe quelque part des statistiques qui le confirment). Autant vous dire qu’on y marche beaucoup…

Pour ceux qui, comme moi, se servent de leur mémoire visuelle pour s’orienter, vous allez être contraints de développer d’autres techniques. Car ici, les rues se ressemblent toutes et suivent un quadrillage géométriquement parfait. D’ailleurs, vous pourrez vous considérer apprivoisé quand, au cours d’une balade, vous montrerez une rue en hurlant à votre compagnon : « Waou ! Regarde, une diagonale ! ».

Chaque rue est séparée de la suivante par 100 mètres : on appelle ça une cuadra (un block pour les anglophones). Chaque cuadra correspond à 100 numéros. Le pâté de maison (l’intérieur de la cuadra) s’appelle une manzana (littéralement “pomme”, sans que personne ne sache vraiment pourquoi on a commencé à utiliser ce mot là).

Cette architecture implique qu’on se repère d’une manière particulière : on ne parle pas en numéro de rue mais en croisement (« a la esquina »). Exemple : « On se retrouve au café El Federal, à San Telmo, à Estados Unidos et Perù ». Sous-entendu : au croisement des rues Estados Unidos et Perù.

Obelisco, Buenos Aires, Argentine

Place de l’Obelisco à Buenos Aires, de nuit. On se croirait à New-York…

Adopter très vite ce système d’orientation par croisement vous permettra d’éviter une erreur de débutant : « On se retrouve dans un café sur la calle Santa Fe ? J’arrive dans cinq minutes, je suis juste à côté de Santa Fe ! ». Hé non malheureux, car tout dépend du numéro de la rue ! A cause de ce plan en damier, les rues sont longues comme l’éternité : la calle Santa Fe,  elle va du numéro 0 à 5200, soit 52 cuadras ; à raison de 100 mètres par cuadra, je vous laisse calculer à quel point vous pouvez ne pas être « à côté »…

Dans cet immense labyrinthe quadrillé, mieux vaut vous procurer une carte de la ville, que vous trouverez dans votre hostel ou dans l’un des points d’infos touristiques de la ville. Pour les gens moins ringards que nous, il existe aussi la solution maps.me, une appli qui vous permet de télécharger des cartes. Cela dit, on n’est pas très fans, d’abord parce qu’on est toujours plus ou moins en rade de batterie, et aussi parce qu’on trouve que l’orientation est un chouette sport de touriste : rien de tel que de demander son chemin au petit vieux qui traine au coin de la rue pour se retrouver à causer du cours de la patate sur les dix dernières années – et vous en conviendrez, on ne connaît jamais vraiment un pays tant qu’on ne connaît pas l’histoire du prix de ses patates.

Prendre le bus et le métro

Acheter une carte SUBE

Les transports urbains sont relativement bon marché : en novembre 2017, nous sommes à $ 6,75 le trajet de bus (0,30 €) et $ 7,5 le trajet de métro (0,35 €). Pour y accéder, il vous faudra vous procurer votre carte magique qui vous emmènera au quatre coins de Buenos Aires, à savoir la carte SUBE. Cette carte s’achète et se recharge dans les stations de métro ou dans les kioskos, ces sortes de commerces multitâches qui vous vendent aussi bien des sucreries que des briquets, des jouets pour enfant ou des cartes SIM.

Télécharger l’application Cómo Llego

Le métro et le train de Buenos Aires fonctionnent comme n’importe où ailleurs. Pour le bus, ça se corse, car il n’existe pas de plan. Il y a bien un guide des lignes, le Guia T : un pavé de 30 pages de tableaux Excel. Autant vous dire qu’il vous faudra étudier le guide pendant tout votre PVT si vous voulez y comprendre quelque chose. Donc, une solution magique : l’application Cómo llego, où vous rentrez votre point de départ, votre point d’arrivée, et qui vous indiquera alors toutes les possibilités que vous avez.

Ne pas hésiter à marcher !

Vous le verrez, les métros sont souvent bondés. On a donc pris l'habitude de marcher pour éviter au maximum les correspondances et leur cohue souterraine !

Pour sortir de Buenos Aires : les collectivos

Si vous voulez aller explorer d’autres villes, vous devrez prendre les collectivos (les cars). La première étape, c’est de vous rendre sur l’application ou le site Rome2rio : vous rentrez votre point de départ et votre destination, et l’application vous liste les horaires et les compagnies. C’est l’enquête préliminaire. Notez le nom des compagnies, et rendez vous dans le terminal de bus de la ville (à Retiro). Là, allez aux guichets correspondants aux compagnies : on vous indiquera les horaires et le prix exact. Vous pouvez aller voir plusieurs compagnies (même si les prix sont souvent similaires). Prenez votre ticket, et voilà… Ça parait un peu compliqué au début, mais c’est au final très bien organisé !

Tigre, Buenos Aires, Argentine

Sur la ligne de train pour aller à Tigre… C’est tout le charme de Buenos Aires : il suffit d’une SUBE et de passer quelques arrêts pour se retrouver dans un autre monde !

Parler l’Argentin : lexique de survie

Vous connaissez probablement les bases du castillan : « Hola », « Gracias », « Hasta luego »… Mais l’Argentin a son propre langage. Les adeptes du castillan d’Espagne seront étonnés par la prononciation, tout en chochotement : « llama » se dit « chama », « ayudame » devient « achudame »… Un peu perturbant au début ! Il faut aussi savoir que l’Argentin est, au fond, un Italien, d’où un accent assez démonstratif : le paysage n’est pas « lindo » (« beau« ) mais plutôt « ¡ liiiindo ! ».

Il existe aussi une grammaire bien locale : « Tienes » devient « tenés », « ¿Como vas? » devient « ¿Como andas? »… Et les sujets des verbes changent aussi : « tu » devient « vos », et le « vous » (quand on parle à plusieurs personnes) n’existe pas : à la place, on dit « ustedes ». Ce qui donne par exemple : « ¿Como andan ustedes? » (« Comment ça va vous ? »)

Et puis, il y a quelques mots de base du « lunfardo » (langage de rue) à connaitre. D’abord, le fameux « Che ». « Che », ça veut dire quelque chose comme « », ou « mec », selon les contextes. Point culture : le Che (Ernesto Guevara) a été surnommé comme ça car, en bon argentin, il interpellait tout le monde à coup de « Che »… Derrière le « che », vous pouvez ajouter le « boludo », qui peut aussi bien vouloir dire « mon ami » que « connard ». A manier avec précaution, donc. Pour insulter, vous pouvez aussi utiliser le « pelotudo » (« casse-couilles », « con »).

Autre notion essentielle à connaitre, celle de la « onda »  : littéralement « onde » ou « ondulation » , cette notion désigne l’état d’esprit dans lequel vous êtes. Lorsqu’on vous demande « ¿que onda? » , on vous demande donc comment ça va… Pour impressionner les argentins, n’hésitez pas à employer cette expression (que j’adore) : « Tiene menos onda que un pelo de chino » . Littéralement, ça désigne quelqu’un qui a « moins d’ondulation qu’un cheveu de chinois » . Ça ne veut pas dire que cette personne a les cheveux plats (enfin, elle peut, mais c’est pas le propos principal), mais plutôt qu’elle est dans un état d’esprit pas terrible, pas très enjoué.

Et pour vous fondre dans la masse et avoir l’air cool, adoptez le « re », un équivalent de notre « trop » ou « super ». Exemple : « C’est trop cool » devient « ¡ Es repiola ! », quelque chose de « super petit » est « repequeño»… Et ainsi de suite.

Enfin, finissez toutes vos conversations par « dale », le « OK » argentin.

En pratique : un exemple (pas du tout cliché) de conversation argentine

« ¡Che boludo! Cómo andas ?
_ Bien, ¿ y vos ?
_ Rebien ! Che, ustedes vienen a mi casa esta tarde ?
_ Claaaaaro, a full ! Y Pablo, ¿viene ?
_ No… Pregunté pero hoy tiene menos
onda que un pelo de chino.
_ Ha, que lastima… Bueno, traemos el Fernet y unas empanadas ?
_ ¡ Dale ! Nos vemos che. « 

Votre sécurité : quelques conseils de base

On finit par un sujet moins rigolo : l’insécurité. C’est une réalité indéniable du pays, liée aux inégalités (qui, vous le verrez, sont parfois assez violentes à observer). Mais après onze mois en Amérique du Sud, on n’a pas encore réussi à dissocier ce qui était de l’insécurité réelle du sentiment d’insécurité… Car il y a aussi une part de peur entretenue par les médias et les Argentins eux-mêmes.

Voici donc quelques conseils de base à respecter. Ne tombez pas dans la parano : pour nous, ça a été justement en les adoptant qu’on a arrêté de penser à ce qui pourrait nous arriver.

Dans la rue, évitez de vous promener seul, la nuit, dans une ruelle sombre d’un quartier mal famé (vous vous y attendiez pas à celle là, hein ?). Plus sérieusement, le risque zéro n’existe pas, mais vous pouvez déjà éviter d’exhiber vos objets de valeur : le téléphone et l’appareil photo, à ne pas garder à la main ni poser sur la table de café en terrasse. Dans la rue et au café, toujours garder son sac avec soi, sur les genoux, ou en bandoulière. Petit big-up pour la technique du porte-monnaie fictif : si vous devez garder beaucoup de cash avec vous (parce qu’il n’y a pas de casiers dans votre hostel par exemple), procurez vous un deuxième porte-monnaie dans lequel vous aurez mis 200 pesos, que vous pourrez donner sans trop d’états d’âme en cas d’agression. Pour tout ce qui est papiers administratifs, Kowala suggère judicieusement d’avoir des scans sur sa boite mail : on confirme, ça sert bien.

En ce qui concerne les taxis, même les porteños s’en méfient. La raison : certains ont la sale habitude d’emmener les gens à l’autre bout de la ville pour les détrousser à l’abri des regards (l’histoire ne dit pas si ils vous ramènent quand même dans le centre après, mais je ne crois pas). Il faut donc prendre de préférence un taxi qui arbore la pancarte “Radiotaxi”. Cela signifie que le chauffeur est employé et non pas son propre patron, ce qui limite beaucoup les risques.

Dernier conseil : lors de vos voyages en car, ne mettez rien de précieux dans la soute. Tout ce qui est important doit être si possible littéralement sur vous : éviter le sac posé à vos pieds ou dans les cabines au-dessus du siège, car un petit somme et pfiiit ! Magie Argentine, votre sac a disparu !

La règle d'or : en cas d'agression, ne pas résister

En Argentine, les vols peuvent être violents. Alors si on vous menace, ne résistez pas : donnez ce que vous avez, sans réfléchir !

En résumé : 4 choses à faire en arrivant à Buenos Aires

Parc Lezama, San Telmo, Buenos Aires

Au parc Lezama, à San Telmo, en face de l’église orthodoxe : un bon exemple de l’architecture merveilleusement délirante de Buenos Aires…

Article mis à jour le 12 décembre 2017