Capucine – Capu pour les intimes – on l’a rencontrée dans une auberge de jeunesse à Valparaíso, au Chili. Capu est loin d’être une aventurière exubérante. Pas démonstrative pour deux pesos (hé oui, on met les expressions à la couleur locale), jamais vous ne l’entendrez fanfaronner en racontant ses anecdotes de voyage. Pourtant, après avoir vécu dans cinq pays différents (et avoir parcouru des dizaines d’autres), elle en a, des anecdotes !

Mais Capucine est plutôt une aventurière introspective, calme et réfléchie ; elle se laisse porter… Quitte à arriver à des situations peu communes : ces derniers mois, elle est passée d’un boulot de chargée de communication à Valparaiso à un projet de retraite méditative silencieuse de dix jours en Argentine…

Le PVT de Capucine est à son image : fait de grandes découvertes, tant sur soi que sur le monde, de grandes joies mais aussi de remises en question. Beaucoup d’aventures, et un seul leitmotiv : quoiqu’il arrive, se laisser bercer par la onda chilena !

Le nomadisme dans la peau

Le voyage, Capucine connaît bien : père et mère sont de grands nomades. Quelques années d’enfance passées en Argentine ont suffi à transmettre le virus aux cinq filles de la fratrie : aujourd’hui, l’une est à New-York, l’autre à Barcelone, la troisième à Atlanta, la quatrième en France… et Capucine au Chili. Ce n’est pas la première fois qu’elle décide de quitter la France : elle avait déjà traîné ses savates un an en Suède, un an en Allemagne, et cinq ans en Espagne. Capucine incarne le nomadisme plus que le voyage : la capacité à concilier la vadrouille avec des études (internationales) et plus tard avec un travail (dans le marketing digital).

Salar d'Uyuni, Bolivie

Capucine au Salar d’Uyuni, en Bolivie

La question à mille pesos : Pourquoi une personne de 28 ans, active professionnellement et qui vient de terminer une reconversion professionnelle en développement web, décide de tout plaquer pour aller goûter aux joies du PVT Chili ? Ça commence par un bilan : « J’avais toujours voulu retourner en Amérique Latine, après ces quatre années que j’avais passées en Argentine avec ma famille… Mais il y avait toujours quelque chose que je devais faire : j’avais un boulot, ou alors un copain, ou alors j’étais en train de passer le permis… A la fin de ma reconversion professionnelle, j’avais 28 ans et rien de tout ça : je me suis dit que c’était le moment ! » Son voyage est donc multi-facettes : c’est un pèlerinage sur le continent où elle a passé un bout d’enfance, une quête d’aventures et de nouveautés, mais aussi une manière de chercher des réponses à ses interrogations existentielles : qui suis-je, où vais-je… et autres questions qui vous arrivent en pleine face aux alentours d’une trentaine de printemps.

Le dilemme : PVT Chili ou PVT Argentine ?

Pour Capucine, l’avantage du PVT, c’est qu’il permet de travailler « pour de vrai » : elle le voit comme l’occasion d’essayer des nouvelles choses dans un autre pays.

Au départ, elle pensait faire un PVT Argentine. Mais quand le PVT Chili ouvre, c’est le dilemme. En Argentine, c’est la crise permanente : pas le pays où il est le plus évident de trouver du travail. Et puis, Capucine y a déjà vécu, et n’est pas sûre de vouloir vivre un PVT option nostalgie d’enfance. Tandis que le Chili, en plus de bénéficier d’une bonne économie et d’un chômage quasi nul, est un pays réputé pour ses paysages hallucinants : déserts, volcans, lacs en pagaille, océan Pacifique, glaciers, îles… Après quelques mois d’hésitations, la décision est prise : ce sera le Chili !

Les geysers del Tatio, près de San Pedro de Atacama.

Les geysers del Tatio, près de San Pedro de Atacama, au Chili. Photo de Capucine.

Travailler à Valparaíso, « le joyau du Pacifique »

Elle fait donc les démarches pour le PVT Chili. Et en janvier 2017, notre Capucine, sac Quechua sur le dos, débarque à Santiago de Chile. Elle est accueillie par un ami qui y habite ; il la fait entrer « en douceur » au Chili, à grand coup d’asados (barbecues) et de balades dans la ville.

« C’est bizarre », m’avoue-t-elle, « je n’avais pas vraiment de plans, alors que d’habitude j’aime bien prévoir… Mais là, j’avais envie de me laisser porter, en me disant que c’était un peu la dernière occasion de faire un grand voyage totalement libre de contraintes. » Pas de plans définitifs donc, mais Capu reste Capu : une boîte à projets sur pattes. Elle a un contact pour un volontariat dans une auberge de jeunesse écolo à Valparaíso, histoire de passer l’été austral près de la côte. Ensuite, le mariage d’une amie au Mexique. Elle planifie donc un retour en avril ou mai à Santiago, pour trouver un travail et y passer l’hiver, avant de retourner en voyage dès que le printemps pointe le bout de son nez. Facile, non ? « Évidemment… Ça ne s’est pas du tout passé comme ça ! »

Coucher de soleil à Valparaíso

Coucher de soleil sur un cerro de Valparaíso. Photo de Julie.

Comme prévu, elle passe ses premiers mois au Nómada Eco Hostel, à Valparaíso, où elle travaille comme volontaire : réception, ménage, un chouilla d’administration, et surtout beaucoup de buena onda. Elle tombe sous le charme du « joyau du Pacifique », comme est surnommée la ville. Après deux mois, elle continue comme prévu et part au Mexique. Avec un peu de tristesse : « J’avais adoré Valpo. C’est une ville qui m’a fasciné. J’étais un peu triste de la quitter, et pas super enthousiaste de me lancer dans un métro-boulot-dodo à Santiago…» Alors quand le Nómada la recontacte pour travailler comme chargée de marketing et de développement durable, elle hésite. Pas longtemps. « Le secteur du tourisme m’avait toujours attiré. Et puis le fait de travailler dans une petite entreprise, de me retrouver devant des sujets tellement concrets, ça me paraissait formateur. »

Vous l’aurez compris, Capu est plutôt du genre « verre à moitié plein ». Son expérience au Nómada – dont elle sortait tout juste lorsque je l’ai interviewée – elle l’a vue comme un vrai challenge… Tant sur le plan professionnel que personnel. « Je vivais dans l’hostel. Du coup, moi qui ai besoin de moments tranquilles, d’intimité, ce n’était pas évident… Mais petit à petit, j’ai appris à vivre en communauté. J’ai rencontré plein de gens différents, j’ai eu des discussions passionnantes, j’ai découvert les codes latino-américains…» Quand sa famille lui manque ou qu’elle a un coup de blues, elle se force à rester ouverte : « Si j’avais eu envie de rester chez moi avec mon chat, je serais restée à Paris !»

Chocs culturels en pays chilien

Sous des airs bien européanisés, le Chili apporte quand même son lot de chocs culturels. Capucine est arrivée avec l’image d’un Chili véhiculée par ses parents : « J’avais dans l’idée une nation de gens travailleurs, posés, réfléchis… Plus carrés qu’en Argentine. Un genre d’Allemagne d’Amérique du Sud, quoi. ». Le côté posé et réfléchi, elle l’a retrouvé. Par contre, les chiliens ont aussi un côté bien latino, notamment sur le partage. « Les gens partagent tout, tout le temps. Pour moi, c’était un vrai challenge. Au début, je me suis faite traiter d’européenne froide…» Par la suite, elle a mieux compris la culture, et notamment cette conception du partage, où on prend autant qu’on demande. Avouons-nous qu’en tant que français, il faut se faire un peu violence pour demander quelque chose sans se répandre en remerciements pendant douze heures… Et cette règle du partage s’applique au Chili autant aux choses matérielles qu’aux êtres humains : oui, au Chili, on peut ramener dix copains à la fête de quelqu’un et no pasa nada

Après neuf mois à vivre, manger, travailler et dormir chilien, Capucine peut citer des douzaines de différences culturelles. Par exemple, elle admire le côté « débrouillard » des chiliens. « Tout le monde a un petit boulot. Les gens n’ont pas peur d’aller dans la rue pour vendre des truffes qu’ils viennent de faire ! »

Mais il y a des découvertes moins sympathiques. Par exemple, le machisme ambiant. « En tant que fille il y a des choses que tu ne peux pas faire. Par exemple, une fois, je suis allée dans un bar toute seule et j’ai demandé une bière. Bizarrement, le serveur m’a dit qu’il n’y avait pas de pinte et m’a donc servi la plus petite bière qu’il avait. Comme je voyais que tout le monde autour avait des pintes, j’ai compris que c’était parce que j’étais une fille toute seule… Et qu’ici, ça ne se faisait pas ».

Autre sujet pas évident : il existe au Chili une certaine nostalgie de la dictature. « Je suis allée en voyage au Cajón del Maipo avec une copine. On était dans un hostel super joli, petit déj’ délicieux, dame adorable… Jusqu’à ce qu’elle nous demande comme ça “Et vous pensez quoi de Pinochet ? Parce que moi je suis fa-na-tique”. Ça m’a vraiment dégouté… Mais bon, d’un point de vue de la découverte, c’est intéressant : c’est une autre facette du Chili…».

Elle a aussi été très surprise par l’omniprésence du sujet de la colonisation : « Pour moi, c’était un truc lointain que j’avais étudié à l’école… Je n’avais pas saisi à quel point c’était actuel sur ce continent et que les communautés indigènes souffraient encore d’injustices flagrantes. Ça mène parfois à des raccourcis un peu surprenants : par exemple, un de mes copains chiliens déteste les espagnols, il les voit comme des assassins… »

Les bons côtés de la vie chilienne

Côté avantages chiliens, Capu cite la nourriture… Plutôt pour le côté rigolo et disproportionné que pour ses réelles qualités gastronomiques. Elle distille ses conseils aux futurs voyageurs : « Si tu fais pas gaffe, tu prends 300 kilos dans la première semaine !». Pour elle, il ne faut pas rater la chorillana, une sorte de gros tas de frites, avec par-dessus un amas d’oignon, puis une tonne de viande, sur lequel on peut ajouter beaucoup de mayo. On se partage tout ça, et c’est sensé être la nourriture « anti-cuite ». Car oui, les Chiliens sont réputés pour leur bonne relation avec la boisson… Mais heureusement, ils ont inventé la nourriture qui va avec !

Après plusieurs mois de PVT, Capucine confirme que le Chili a tenu ses promesses : les quelques expéditions qu’elle a fait ont suffit à lui en mettre plein la vue. Le majestueux désert d’Atacama et ses paysages lunaires, la belle Valparaíso et ses petites rues colorées, les magnifiques lacs de Patagonie… Son coup de cœur absolu a été dans la Valle del Elqui : « C’est une vallée magnifique, verdoyante, qui a quelque chose de magique… » Peut-être même un peu mystique : la vallée de Cochiguaz, juste à côté, est supposée être l’un des centres magnétiques du monde. « C’est une sorte de petit paradis, calme mais loin d’être ennuyeux. Quand je me suis retrouvée là-bas, j’ai même caressé l’idée d’y rester un mois entier… »

Valle de Elqui

La Valle de Elqui. Photo de Julie.

Des conseils pour un novice ? « C’est difficile », me répond-elle. « Peut-être de venir l’esprit ouvert, et d’aller au-delà du tourisme d’aventures pour découvrir la société chilienne ». Car le Chili, c’est pleins de pays en un seul : des déserts et des glaciers, des pro-Pinochets et des gauchistes radicaux, des tremblements de terre et le Pacifique… A l’image d’un territoire hostile (construit sur une faille sismique), la culture chilienne ne se laisse pas adopter si facilement : il lui faut un peu de temps.

Et après une année au Chili…

A l’heure où j’écris ces lignes, Capu vient de démissionner de son travail au Nómada, pour s’accorder quelques mois de voyage. Alors qu’elle passe quelques jours à Santiago chez ses amis, elle redécouvre une forme de confort : « Avoir une salle de bain partagée à trois (et pas à quinze), un endroit à toi… ».

Les mois qui viennent promettent de grandes aventures et beaucoup de liberté : voyage avec une copine dans la région des lacs, puis passage de frontière pour aller en Argentine, voir Córdoba, puis finir sur Buenos Aires, la ville où elle a passé quatre années de son enfance. Sans oublier un projet un peu particulier : « J’ai trouvé une retraite méditative silencieuse de dix jours… » Elle m’avoue moitié en riant que, bon, ça lui paraissait un peu fou mais aussi très intéressant… C’est aussi ça, le côté aventurière de Capu : passer d’un job dans un hostel, ou elle vit 24h sur 24 avec une vingtaine de personnes, à une retraite méditative en Argentine, sans d’autre moteur que la curiosité.

Et ses questions existentielles alors ? Pour le coup, elle n’en sait pas beaucoup plus… Mais elle revient avec l’envie de construire son futur petit bout à petit bout, tranquillement, à commencer par une installation à Barcelone en 2018, là où vit déjà l’une de ses sœurs. Son voyage se terminera par un clin d’œil poétique : « Je prends l’avion mi-décembre, le jour de mon anniversaire… J’avais envie de finir comme ça : passer mes trente ans au dessus de l’Atlantique, entre Buenos Aires et Barcelone, ma ville passée et ma ville future… »

Volcan Lonquimay, dans la Réserve Nationale Malalcahuello, en Araucanie, au Chili

Ascension du volcan Lonquimay, dans la Réserve Nationale Malalcahuello, en Araucanie, au Chili. Photo de Capucine.

En pratique : le Chili de Capucine

Quelques conseils pour un PVT réussi

  • Venir ouvert d’esprit et s’intéresser à l’histoire du pays
  • Prendre le temps d’apprendre le chilien (non, rien à voir avec l’espagnol que vous avez appris à l’école, c’est plein d’expressions incompréhensibles et de variations de tonalités impossibles !)
  • Essayer de choisir des initiatives touristiques responsables et respectueuses de l’environnement. Long couloir de terre au bord du Pacifique, le Chili est l’un des pays les plus exposés aux effets du changement climatique…

Ses endroits préférés au Chili

  • La Valle del Elqui, son coup de coeur absolu : une vallée sauvage et paradisiaque. Elle conseille de dormir à l’hostel Colibri, à Vicuña.
  • Valparaíso, le joyau du Pacifique : street art, vues magiques sur le Pacifique, histoire passionnante et énergie foisonnante. Pour dormir, elle conseille le Nómada Eco Hostel.
  • La région de l’Araucanie, pour découvrir la culture Mapuche. Elle conseille de dormir chez l’habitant pour une immersion totale !

Son best-of culinaire

  • Le pastel de choclo : littéralement, « gâteau de maïs ». Avec le maïs moulu, on peut trouver du basilic, de la viande, des oignons.
  • Le mote con huesillo : boisson sans alcool, à base de blé et de pêche.
  • Le curanto al hoyo : plat typique de Chiloé, à base de moules, saucisses, lard, pommes de terre…
  • La Chorillana : un tas de frites, un tas de viande, un tas d’oignons frits.
Article mis à jour le 29 novembre 2017