Une vie nomade au Chili : conseils d’une voyageuse

Antonin

Antonin

Céline est une voyageuse fascinante. À 15 ans, elle traversait déjà l’Atlantique pour se faire sa propre idée de la vie en Amérique. Après ça, le mode de vie nomade est adopté. Du Chili à l’Argentine, ses aventures sont atypiques et son mode de vie une véritable inspiration.

L’interview de Céline dans notre podcast Virages

Céline fait un peu ce dont on rêve tous, mais dans lequel on n’ose jamais se lancer. Et pourtant, à l’écouter, tout ceci à l’air tellement simple… Son témoignage est une énorme bouffée d’oxygène et vous inspirera forcément si vous voulez ajouter un peu de nomadisme dans votre vie.

On vous conseille de vous offrir 30mn pour découvrir le mode de vie de cette baroudeuse des temps modernes. Retrouvez également ses aventures et réflexions passionnantes sur le voyage dans son blog voyage d’une plume.

Virages est un podcast produit par Kowala et sponsorisé par Chapka : l’expert en assurance pour les voyages, le PVT et les études à l’étranger.

Comment partir à l’étranger quand on est jeune ?

En Slovaquie, j’ai fait un Service volontaire européen. Aujourd’hui il existe aussi le service civique, qu’on peut maintenant faire à l’étranger, c’est aussi un dispositif qui permet de voyager et d’être volontaire dans une association

Ce qui est bien avec ces dispositifs, surtout quand tu n’as pas de sous, c’est que tu n’as rien à dépenser, et ce n’est pas sur critères sociaux. Ça permet d’avoir un peu d’argent tous les mois et d’apprendre en même temps…

Beaucoup de jeunes passent le bac sans savoir ce qu’ils veulent faire après. Et je pense que faire une année de coupure, ou même 6 mois (on n’est pas obligé de faire un an) ça permet de s’orienter, de voir autre chose.

Le PVT pour les plus de 18 ans

Le PVT, ou Permis Vacances Travail, est une opportunité géniale pour passer 1 an et plus à l’étranger. Sans aucun critère de diplôme ou de niveau de langue, il offre aux jeunes de 18 à 35 ans la possibilité de s’ouvrir au monde dans 15 pays aussi riches que variées.

Céline n’avait pas pu en profiter à son époque, car le PVT Chili n’existait pas encore. Il fait maintenant parti des destinations offertes aux jeunes français(es).

Comment le financer ?

Pour mes différents stages, j’ai eu des bourses. Il faut bien se renseigner auprès des universités. Ce ne sont pas forcément des bourses sur critères sociaux. Le dispositif qui rassemble tout ça s’appelle Erasmus plus, le site est très complet avec tous les programmes, que ce soit pour les stagiaires ou pour partir étudier à l’étranger. 

Aussi, pendant mes études, tous les ans je partais un mois en université d’été en République Tchèque pour apprendre le tchèque. Il y a des accords bilatéraux entre la France et certains pays (pas tous). Quand on est étudiant, on peut partir dans l’un de ces pays pour étudier une langue pendant un mois, tout en ayant une bourse. L’université d’été, c’était chouette parce qu’on avait cours le matin, et l’après-midi on avait soit du temps libre, soit des activités. Et on était nourris, logés, blanchis, et en plus on apprenait une langue. 

Prêt(e) pour l’aventure ? Cap sur la magnifique région de Puerto Varas au Chili

Une alternative méconnue : le volontariat

Une autre bonne astuce est de participer à des volontariats à l’étranger. C’est un système à plusieurs plateformes, les principales sont Workaway et HelpX. Le volontariat permet d’échanger des heures de travail contre l’hébergement et/ou la nourriture. Souvent c’est pour des projets associatifs, mais aussi (et c’est courant en Amérique du Sud) pour des hébergements touristiques qui le proposent. On peut se poser la question du problème éthique, puisqu’on prend potentiellement la place d’un employé local…

Mais au niveau individuel, c’est assez pratique pour voyager sans trop dépenser d’argent, tout en rencontrant des gens (volontaires et voyageurs). 

Les plateformes essentielles pour le volontariat en voyage

Tes expériences de volontariat ?

Des volontariats, j’en ai fait au Chili, à Valparaiso, ainsi que dans la vallée de l’Elqui, qui au final s’est transformé en un emploi. J’en ai aussi fait en Bolivie et là aussi il s’est transformé en emploi.

C’est un système que j’aime bien aussi parce que ça te permet de bouger, tu découvres des endroits dans lesquels tu ne serais pas forcément allé…

Quel visa pour pratiquer légalement le volontariat ?

Certains pays comme l’Argentine et le Chili tolèrent la pratique du volontariat avec un simple visa touriste. Dans d’autres destinations, c’est en revanche interdit et il faudra un visa de travail ou un PVT.

Les visas disponibles pour travailler à l’étranger

La Valle de l’Elqui par exemple, je n’avais pas forcément prévu d’y aller, mais le volontariat s’est super bien passé. Mon chef était propriétaire d’une auberge de jeunesse, et il était un peu gourmand.

Du coup quand il a découvert que je savais faire les tartes aux fraises, mon volontariat s’est transformé en une fabrication de tarte aux fraises une fois tous les deux jours, en échange du gite et du couvert. Il était libanais lui aussi m’a appris à cuisiner… De jolies rencontres naissent des volontariats !

Valle del Elqui au Chili
La Valle del Elqui au Chili

Explorer la Valle del Elqui au Chili

À Valparaiso, celui que j’ai fait c’était dans une auberge de jeunesse. Le boulot était de s’occuper de la réception, préparer les petits déjeuners… Souvent dans les auberges de jeunesse c’est ça : petit déjeuner, réception, ménage. Tu travailles quelques heures par jour, 4 ou 5. Au Chili, c’est assez facile à trouver, car beaucoup de personnes le font : les Chiliens connaissent bien le système.

Il y a des volontariats dans tout : la permaculture, l’écoconstruction, la préservation de l’environnement, l’éducation, ou juste pour s’occuper des enfants d’une famille par exemple. 

Rédacteur Web pour continuer à voyager : bonne solution ?

Être indépendant, c’est beaucoup de risque, car on doit trouver nos clients, on n’a pas de congés payés. Donc il faut gérer son budget pour pouvoir partir en vacances, sans toucher à son ordi… Pour certains c’est facile, pour d’autres c’est un peu plus compliqué : par exemple moi j’ai du travailler depuis le kayak sur le canal de Nantes à Brest quand on se faisait écluser… Car il me fallait travailler pour pouvoir partir en vacances…

Je ne gagne pas très bien ma vie, mais en même temps je n’ai pas beaucoup de besoins. Donc j’ai suffisamment pour vivre à ma façon, mais pas assez pour me payer un appartement à Paris. Je gagne entre 1000 et 1500 euros en moyenne, mais certains mois je dois me débrouiller qu’avec 200 euros par exemple.

Celine voyage canoe
Exemple de lieu de travail d’un rédacteur web freelance

Dépasser ses peurs liées au voyage

Moi, je n’ai pas spécialement peur. Je pense que beaucoup de femmes, notamment, ont peur par rapport aux viols ou aux agressions sexuelles. Le harcèlement de rue, c’est partout. Par rapport aux agressions sexuelles, au niveau statistique, il faut savoir que la plupart des femmes connaissent leur agresseur, donc le risque est plus dans l’entourage finalement…

Donc je pars du principe qu’il y a plus de bonnes volontés que de méchants, en fait. On me dit souvent que je suis naïve, mais je vois les choses comme ça. Après je comprends que ça fasse peur, parce qu’on nous répète tout le temps qu’on est faible, que s’il nous arrive quelque chose on ne saura pas se défendre, que c’est dangereux, que si on met une jupe on attire le regard et qu’il faut donc s’habiller comme un sac… Alors qu’on n’est pas plus faible parce qu’on est une femme. 

D’ailleurs en voyage je rencontre beaucoup plus de femmes seules que d’hommes seuls. Souvent les gars sont en couple. Il y a plus de badass féminines !

Aussi j’ai envie de donner comme conseil de se dire que le voyage solo, on n’est pas obligé d’aimer. Si toi ce que tu aimes c’est partir avec des gens, ou en vacances pas loin de chez toi, ou même rester chez toi et bouquiner et cuisiner, c’est très bien ! J’ai l’impression qu’il y a un peu une pression, vu que le voyage est accessible, qu’il faut absolument partir…

Et si on a peur, on n’est pas obligé de partir très loin, on n’est pas obligé de partir solo, on n’est pas obligé de partir super longtemps. C’est s’écouter et faire selon nos envies et nos capacités. 

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Quand Celine rencontre Celine

Des conseils pour gérer la solitude en voyage ?

Si on n’a pas envie d’être seul, il faut peut-être privilégier les endroits touristiques. Par exemple, ne pas traverser la Slovénie à pied au mois de mai comme je l’ai fait… Cibler des lieux où on sait qu’on va trouver des gens qui parleront l’une des langues que l’on maitrise, même plus ou moins. On peut privilégier les auberges de jeunesse avec des dortoirs, plutôt que d’être dans une chambre tout seul. 

Et même si c’est difficile, essayer d’aller vers des gens. C’est une timide qui parle ! Pour moi, aller m’asseoir à la table de quelqu’un qui est seul parce que je suis seule, c’est compliqué. Mais des fois, j’ai envie et besoin de parler. Dans ce cas, on peut aussi avoir un petit jeu de cartes ou des dés, ou le Dubble pour proposer une partie… Il faut oser, et se dire qu’on n’a pas le choix : soit on va vers les autres, soit on est seul. 

Ça peut être un peu difficile au début, mais au bout d’un moment on s’y fait ! Même si ça m’arrive encore d’être la fille toute seule à l’auberge de jeunesse, celle qui ose pas aller voir les gens… 

10 jeux de voyage à vite mettre dans son sac à dos

Et pour le voyage en stop ?

Suivre son instinct. Ne pas hésiter à dire non quand on ne le sent pas. Ce qui est important aussi c’est d’avoir à boire, à manger (juste un petit truc à grignoter) parce qu’on ne sait pas combien de temps ça va prendre.

La tente aussi c’est important, moi j’aime bien, je ferme ma tente et ça y est je suis chez moi. Et ça a un petit côté rassurant quand on fait du stop, si on nous avance de 15 kilomètres alors qu’on devait en faire 600, ce n’est pas grave : on pose sa tête quelque part et on a un abri pour la nuit.

Voyage en Stop au Chili
Equipement essentiel de l’auto-stoppeur

L’espagnol en Amérique du Sud

Ton niveau avant de partir en Amérique Latine ?

Quand je suis partie au Costa Rica, je savais dire « si », « no », et que j’avais 13 ans (alors que j’en avais 15, mais je savais juste dire 13). Mais comme j’étais dans une famille d’accueil, je n’avais pas le choix : si je voulais dire que j’avais faim ou que je voulais me doucher, il fallait que j’apprenne à parler. Pour ça, l’immersion c’était vraiment bien. 

Après, même si on parle espagnol au Chili, il faut savoir que les Chiliens ont un espagnol… chilien. C’est très particulier. Quand je suis arrivée là-bas, je ne comprenais pas ce qu’on me disait. Les gens ne comprenaient pas forcément ce que je disais non plus parce que je parlais avec des mots d’Amérique centrale. Il m’a fallu un petit temps d’adaptation. 

Quelles sont les particularités de l’espagnol chilien ?

C’est très simple, tu peux parler avec 3 mots. 

Il y a d’abord « el weón ». C’est un mot qui désigne tout le monde [on peut traduire par : le type…], mais ça peut être positif, négatif. En gros, ça peut vouloir dire aussi bien « le type » que « le connard ». Donc il faut comprendre la tonalité et le contexte de la phrase. Et ce mot peut se décliner en verbe, en adjectif, en adverbe, tu en fais ce que tu veux. 

Exemple : « que weón este weón, weón ! » qui signifie plus ou moins « Mec, qu’est-ce qu’il est débile ce type ! »

Ensuite, ils ont une conjugaison très particulière. En fait, ils inventent conjugaisons et des verbes. Par exemple, au lieu de dire « est-ce que tu comprends ? », qui pourrait se traduire par « entiendes ? », eux ils vont dire « cachai ? »

Et ils ont un petit mot qu’ils mettent à la fin de chaque phrase, le « po », qui ne veut rien dire, mais c’est juste pour ornementer la phrase. Donc au début, tu te demandes : c’est qui po, que veut po, que fais po ? 

Comment améliorer son espagnol avant un départ en Amérique Latine

Bons conseils pour la vie au Chili

Comment trouver un emploi au Chili ?

Trouver, c’est assez facile, surtout quand on est européen. Après, c’est très mal payé. Quand j’ai travaillé dans le tourisme, le salaire minimum était à 250 euros à peu près, pour 45 heures par semaine… Sachant que le coût de la vie est similaire à celui d’une ville de province. Même si les revenus et le niveau de vie change selon les régions. 

Pour trouver facilement on peut commencer par un volontariat et soit le transformer en emploi, soit demander aux personnes en charge du volontariat s’ils connaissent d’autres personnes, pour compléter ce volontariat par un autre emploi…

Des particularités du travail au Chili ?

Je conseillerais de ne pas travailler au Chili, à cause du rythme que j’ai décrit dans le podcast : de longues journées, mais beaucoup de pauses, avec le petit déjeuner qu’on prend au boulot par exemple. 

Donc si on droit travailler, essayer de ne pas juger, et s’adapter au rythme. Certains de mes amis qui travaillent au Chili aiment bien ce rythme. On peut aussi essayer de trouver des compromis, selon l’entreprise dans laquelle on est, par exemple expliquer que rendre le petit déjeuner au bureau c’est pas notre truc et qu’on préfère venir un peu plus tard…

Ville que tu conseillerais au Chili ?

Puerto montt, je ne conseille pas, même si j’ai adoré… C’est particulier !

Valparaiso, c’est une ville pleine de richesses culturelles. C’est un port, c’est très beau quand on aime le street art, il y a une vie artistique et culturelle assez démente. Ça peut être chouette, même si ça reste une grande ville. 

Santiago, personnellement je n’ai pas du tout aimé. C’est trop bruyant, trop stressant… Même s’il y a des quartiers chouettes, je pense que si on aime les villes et qu’on arrive à se poser là-bas et à se faire une petite vie de quartier, ça peut être très sympa. La chaleur, par contre, est un peu étouffante.

Sinon, quand on aime les petites villes, la Valle del Elqui. Vicuña, c’est un gros village, beau et avec une bonne atmosphère, mais très tranquille.

Et quand on aime le froid et se poser au coin du feu, et boire du thé ou du maté en lisant ou en écoutant de la musique, la Patagonie c’est juste génial. Coyhaique par exemple, c’est magnifique. 

Enfin, si on aime la plage, le soleil et qu’on a pas peur des tremblements de terre, on peut aller dans le nord, à Antofagasta ou Iquique. Il y en a vraiment pour tous les goûts au chili, il y a plusieurs climats…

Un plat à tester ?

Quand on est végétalienne au Chili, mieux vaut aimer les patates. Surtout en Patagonie. Les chiliens sont de vrais pros de la patate. Quand il s’agit de cuisiner la pomme de terre, ils débordent de créativité.

Du coup, parmi toutes les recettes de patates que j’ai pu goûter, celle que j’aime par dessus tout, ce sont les chapalele : des galettes de pommes de terres cuites à l’eau et que l’on peut manger salées ou avec du miel. »

Crédits Photos © Voyages d’une plume / Le bon air argentin

Antonin
Antonin

Je suis l'ancien et le sage du duo, ou pas... 30 ans fêtés chez les kangourous, en me jetant dans le vide à 4500m d'altitude au dessus de Rainbow beach pour l'anecdote. J'ai aussi eu une histoire d'amour de 4 ans avec Montréal qui fut l'occasion de vadrouiller sur ce nouveau continent : le Pérou, les Rocheuses, l'Ouest américain, l'Alaska... J'ai tenté l'aventure australienne pour m'offrir un grand bol d'air et de découvertes! Pari gagné...

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