Témoignage : le PVT Japon de Païline

Julie

Païline, 26 ans, voyageuse solitaire, déterminée, curieuse et polyglotte nous raconte son PVT Japon en direct de sa petite chambre à Tokyo… Comment vit-on l’expatriation dans ce pays si différent ? Son ressenti et ses bons conseils pour l’imiter !

Païline, je l’ai rencontrée au détour du groupe Facebook des Français au Japon. Elle m’a d’abord intriguée par son parcours : serial pvtiste, elle a enchainé le PVT Canada avec le PVT Argentine, et est aujourd’hui en PVT Japon. J’ai eu envie qu’elle me raconte ses aventures nipponnes…

Récit de voyage : le Tokyo de Païline

Commençons par le commencement : comment attrape-t-on le virus du voyage ? Pour Païline, tout a commencé avec la fin d’une licence de com’, l’indécision totale sur la suite, et une seule certitude : la démotivation à continuer ses études. J’en ai parlé avec mes parents et ils m’ont dit : « tu peux faire une pause et partir à l’étranger pour améliorer ton anglais »…

Du coup, j’ai fait le PVT Canada. J’y suis restée un peu plus d’un an. Je suis revenue un an en France, puis je suis repartie en Argentine, 8 ou 9 mois. Je suis de nouveau rentrée en France, mais au bout d’une année, je suis repartie au Japon… » Un rituel d’allers-retours qui commence à être bien installé : « À chaque fois, je trouve un petit job, je vois tout le monde, je mets de l’argent de côté, et je repars ! »

Marché au poisson de Tsukiji, à Tokyo, au Japon
Au marché au poisson de Tsukiji, à Tokyo © Isabell Schulz

Battle : PVT Canada, PVT Argentine ou PVT Japon ?

Pour Païline, ça dépend ce qu’on cherche… « Pour les activités, j’irais au Canada. Pour l’histoire et les traditions, c’est plutôt le Japon, l’Argentine pour le côté nature et les paysages. Sinon, le PVT Japon super safe comparé à l’Argentine, où il faut un peu tout le temps être sur ses gardes… »

« Mais l’endroit où j’aurais le plus pu rester, c’est au Canada. La manière dont ça marche est dans la continuité de la France, et il est beaucoup plus facile de s’y intégrer au niveau de la langue… »

Le secret de sa bougeotte, c’est une grande révélation au Canada : « J’y ai découvert que ce que j’aimais vraiment… C’était voyager ! » Le voyage oui, mais pas n’importe lequel : « J’aime bien avoir le côté sédentaire : ma chambre, ma vie privée, une hygiène de vie où je suis bien. Je ne me sens pas l’âme d’une backpackeuse, à rester trois mois en auberge de jeunesse, à voyager tout le temps ; j’aime bien me poser, avoir mon petit confort, bosser un peu et avoir un sens à ma vie… » Des envies qui collent parfaitement avec le PVT.

J’aime bien avoir le côté sédentaire : ma chambre, ma vie privée, une hygiène de vie où je suis bien

La vie à Tokyo : métro, boulot, voyage

C’est donc comme ça qu’une fois le doigt mis dans l’engrenage des PVT, Païline ne s’est plus arrêtée. Après le Canada et l’Argentine, c’est en juin 2018 qu’elle décolle pour le Japon. À l’heure où je lui parle, elle est installée à Tokyo depuis quatre mois ; elle habite dans une grande collocation, elle a trouvé un emploi à mi-temps dans un restaurant, et elle visite tranquillement Tokyo et les alentours sur ses jours de congés : Osaka, Yokohama, Kyoto, Kamakura, Nara…

Attention : les PVTistes n’ont pas le droit au JR Pass…

Cher pvtiste, pas de réduc pour toi : la carte JRPass (qui permet de circuler en train partout au Japon et dont on parle dans l’article en lien) n’est accessible qu’aux touristes… Tu devras donc te déplacer à plein tarif, et tu ne pourras donc prendre le Shinkansen, le TGV japonnais qui va super vite, que sur un petit tronçon – à moins que tu ne sois milliardaire…

La vie à Tokyo se déroule tranquillement, mais sûrement. « Je travaille dans un resto mexicain, je suis food runneuse 3 jours par semaine, 8 h par jour. C’est le statut en dessous de serveuse : on amène les plats, on dit ce que c’est, on ramène les assiettes en cuisine, on fait la plonge… »

Ses journées passent vite, mais c’est un rythme à tenir : « Bosser à plein temps, je pense que physiquement je pourrais pas… Au Japon, il faut toujours faire quelque chose. Pendant 8 h, c’est non-stop, des fois on va pas aux toilettes parce qu’on est dans le jus, au bout d’un moment on y pense même plus. » Mais malgré tout, Païline s’y plait bien : le service, c’est un domaine dans lequel elle travaille depuis longtemps, qui lui permet de voyager mais qu’elle apprécie aussi pour l’ambiance : « Là où je travaille, la majorité des employés ne sont pas japonais. C’est assez sympa parce qu’on parle anglais, espagnol… Et un peu japonais quand même. C’est génial pour rencontrer des gens. »

Bosser à plein temps, je pense que physiquement je pourrais pas… Au Japon, il faut toujours faire quelque chose. Pendant 8 h, c’est non-stop, des fois on va pas aux toilettes parce qu’on est dans le jus, au bout d’un moment on y pense même plus.

Vue depuis le mont Fuji au Japon
Vue depuis le Mont Fuji : jamais le pays du Soleil-Levant n’a aussi bien porté son nom…

Vivre à Tokyo, combien ça coûte ?

L’emploi de food runner de Païline lui permet de gagner 1100 yens de l’heure (soit 8,28 €), auxquels sont ajoutés 600 yens (4,52 €) par jour de dédommagement pour le transport. Ainsi, d’après notre calcul, elle gagne environ 112 800 yens par mois (816 €). Son logement (chambre privée dans une grande colocation hors du centre de Tokyo) lui coûte 56 000 yens par mois (421 €).

Son logement à Tokyo

Elle vit dans une grande sharehouse (colocation), avec des Japonaises, des Asiatiques, une Américaine. L’ambiance est cordiale mais loin d’être festive : « On se parle pas beaucoup, voire pas du tout. On n’a pas de salle commune mais une kitchenette et une salle de bain, donc on se croise, on se dit bonjour, mais il n’y a pas beaucoup d’interactions. » Pourtant, d’une certaine manière, ça convient bien à sa personnalité, et elle fait ce qu’elle semble savoir très bien faire : s’adapter. « Apparemment, ce côté un peu froid serait un trait culturel des filles asiatiques… Moi, j’avoue que je suis pas toujours sociable donc ça me convient aussi. La plupart du temps j’aime bien être seule, voyager seule, et si j’ai des moments de solitude j’ai pas de souci à sortir et rencontrer des gens… » Elle distille au passage ses conseils pour les néo-arrivants à Tokyo : « Si on est tout seul sur les grandes villes du Japon, il y a toujours moyen, avec les réseaux sociaux, de trouver des gens avec qui parler, boire un verre, manger quelque part ! »

Des rencontres ? Surtout entre expats…

Car comme d’autres avant elle, elle constate que les rencontres ne sont pas forcément le point le plus facile au Japon… Voire, pour elle, du PVT en général. « En PVT, c’est pas forcément évident de rencontrer des locaux. Mais au Canada et en Argentine, c’était pareil : tu rencontres plus des gens qui sont comme toi, des étrangers qui sont là sur une longue durée et qui ont envie de partager leur expériences… »

Au Japon, la barrière de la langue s’ajoute à tout ça : « C’est tout simple : si les Japonais ne parlent pas anglais, je ne peux pas parler avec eux ! » Par contre, « ceux qui parlent anglais, en général, sont assez ouverts ». Pour les trouver ? Une histoire de karma : « Pour rencontrer les locaux, il faut se retrouver au bon endroit, au bon moment ! ».

En PVT, c’est pas forcément évident de rencontrer des locaux. Mais au Canada et en Argentine, c’était pareil : tu rencontres plus des gens qui sont comme toi, des étrangers qui sont là sur une longue durée et qui ont envie de partager leur expériences…

Parler ou non le japonais…

Et apprendre le japonais ? Elle a bien essayé… Mais « c’est super compliqué. Au début je me suis dit que je me paierai des cours de japonais sur place, mais je me suis rendu compte que c’était super cher. Et aussi que j’aime bien le Japon, mais que je pense pas rester plus d’un an… Je me suis dit que ça ne valait pas la peine ». Et pour cause : avec l’anglais et l’espagnol, elle arrive à se débrouiller

Malgré tout, elle adore écouter la langue japonaise : « J’adore la sonorité ! ». Elle s’amuse à répéter un mot bien utile : wakarimasen (わかりません), qui veut dire je ne sais pas. Mais son mot fétiche, c’est kawaii (可愛い), qu’elle adore quand il est prononcé par les ados en uniforme, d’une petite voix aigüe… Tout le Japon dans deux syllabes !

S’initier au japonais avant de partir ?

Païline l’a fait, et elle ne regrette pas : au final, elle n’en apprendra pas beaucoup plus, mais il est bien utile de connaître les bases. Elle s’est formée notamment sur des chaines Youtube… Il existe aussi des cours sur Duolingo (en lien), mais pour ceux qui parlent déjà anglais.

Cerisiers en fleur japon
Les fameux cerisiers en fleurs… © Marufish

Charmes et inconvénients du Japon

Pourquoi le Japon ? C’est là que Païline devient étonnante. Car elle a choisi le Japon « sur un coup de tête » : « J‘ai jamais été fascinée par le Japon, les mangas… J’ai commencé à m’intéresser à ce qu’il y avait là bas, les choses à visiter et tout ça, quand j’ai vu le PVT et que je me suis dit« ha tiens, si j’allais au Japon ?». Car en fait, Païline est une vraie curieuse : quelqu’un qui a juste envie de traverser la planète pour aller voir ce qu’il s’y passe. « J’aime bien découvrir des nouvelles choses… Et puis c’était un nouveau défi. Après le PVT Canada pour améliorer mon anglais, le PVT Argentine pour améliorer mon espagnol, là je me suis dit que le japon serait gros défi PVT ».

Les délices de Tokyo, un film pour rêver le Japon

Les délices de Tokyo, un film pour rêver le Japon » text= »Parmi les films japonais que Païline conseille, Les Délices de Tokyo, de Naomi Kawase : « Au niveau des paysages, des maisons… Ça fait rêver : ça ma donné envie de partir. »

Alors elle goûte le Japon sous forme de fraises enrobées de Matcha, elle se prend en selfie avec les cerfs Sika de Nara, elle visite les musées de Tokyo et les villes alentours, elle prend les bus nuit, apprend à s’adapter aux typhons…

Des endroits préférés à Tokyo ? « Je n’en ai pas vraiment. J’ai pas de préférence, j’ai mes habitudes mais j’aime bien expérimenter, donc j’essaie de faire des nouvelles choses à chaque fois… J’adore visiter, j’adore découvrir ! ». Sa plus belle expédition jusqu’à maintenant ? « Le mont Fuji, c’est le point culminant du Japon… C’était magnifique ! »

Thé vert Matcha au Japon
Du thé vert matcha, version glacée. © Lydia Liu

Après ces quelques mois au Japon, elle commence à savoir ce qui lui plait, ou pas. « Les japonais sont bien élevés, ils sont discrets la plupart du temps… Dans les transports ça change la vie ! Tout est ultra sécurisé, les gens s’endorment avec leurs téléphones et tablettes dans les mains, les enfants de 8 ans prennent les transports tous seuls… »

Elle raconte cette sensation inhabituelle et plutôt agréable de sécurité : « Par exemple, quand j’ai pris le bus de nuit jusqu’à Kyoto, je suis arrivée a 5 h du matin. Au début, je me demandais ce que j’allais faire… Mais quand je me suis baladée, même à 5 h du matin, je croisais des gens. Il y avait pas de méfiance à avoir, tu te sens vraiment en sécurité. Ça change de l’Argentine ! ». Elle s’amuse aussi de la culture japonaise : « J’aime bien la culture du kawai, les choses mignonnes, les mascottes partout. » Elle ajoute : « Ha, et une des choses que j’aime le plus au Japon : les toilettes japonaises avec les jets d’eau… »

20 découvertes et chocs culturels d’un premier voyage au Japon

Par contre, Païline ne se voit pas s’installer au Japon. D’abord, parce que c’est aussi un pays assez rigide : tout est encadré, il y a des règles pour tout ou presque… Et surtout, ce qui est moins rigolo, ce sont les typhons, les tremblements de terre et tutti quanti : « Les infrastructures sont assez bien faites, mais bon… Quand tu as des grosses averses avec du vent, du tonnerre, des éclairs, de l’eau jusque dans les chaussures, c’est super effrayant ! »

Ecoliers attendant le train, Tokyo, japon
Des écoliers qui attendent le train, à Tokyo. Pour Païline, c’est l’une des choses étonnantes à Tokyo : les enfants qui se baladent seuls, en pleine ville… © Païline

Après le PVT Canada, Argentine et Japon… Quel PVT ?

Si les débuts au Japon n’ont pas toujours été faciles (l’administratif en japonais a notamment été une épreuve… intéressante !), comme à son habitude, Païline se laisse porter par ses envies vagabondes : « Je prévois de rester un an, mais je verrai au niveau de mon budget et de mes envies. Quand je pars en PVT, j’ai toujours des choses que je veux faire, mais j’ai pas d’organisation, je vois au jour le jour… Par exemple au Canada, je suis restée un peu plus d’un an ; par contre, en Argentine, j’ai décidé que j’avais terminé mon voyage au bout de 8 ou 9 mois ».

Continuera-t-elle sa série de PVT après le Japon ? Elle ne sait pas encore. Mais ce qu’elle sait, c’est qu’une chose pourrait peut-être la faire rester un peu en France : l’amour…

Vivre au Japon : les conseils pratiques de Païline

Obtenir le Visa PVT Japon

Si le dossier peut sembler fastidieux au premier abord, il n’est pas si compliqué à monter et a l’avantage de laisser le temps de se projeter sur ce qu’on veut expérimenter au Japon. Toutes les démarches, délais et documents sont disponibles dans notre article PVT Japon.

Comment trouver un emploi au Japon ?

  • Pour Païline, il est plutôt facile de trouver un emploi au Japon quand on a un peu d’expérience. Elle s’est servie du site GaijinPot, un site dédié aux étrangers. Elle a postulé dans trois restaurants, et le lendemain, elle avait déjà deux réponses sur trois.
  • Son CV était en anglais. Il est aussi possible, mais pas indispensable, de faire un CV japonais (le rirekisho) : des centaines de modèles sont disponibles sur Internet.
  • Le fait de ne pas parler japonais n’est pas forcément un problème. Mais il faut quand même maitriser quelques bases : mots de politesse, un peu de vocabulaire… Et surtout, il est quasi indispensable de parler anglais.
  • Elle conseille d’utiliser les réseaux sociaux, et notamment les groupes Facebook comme Français au Japon ou Français à Tokyo, pour trouver des annonces et se faire un réseau.

Comment trouver un logement à Tokyo ?

  • Le logement au Japon n’est pas donné : pour Païline « il faut faire des compromis ». Elle a choisi de loger en sharehouse (maison partagée) et de s’excentrer un peu du centre de Tokyo, pour faire baisser les loyers. Elle paie 56 000 yens par mois (421 €). Elle suggère plusieurs sites de sharehouse : Sakura-house, Oakhouse, X-house
  • Comme dans beaucoup de pays, elle conseille de ne surtout pas s’engager avant d’avoir visité les lieux.
  • Pour loger en sharehouse, elle n’a pas eu besoin de garanties, seulement verser un mois d’avance de caution. En revanche, elle a du s’inscrire auprès de l’agence de sa sharehouse (payante), et fournir une photocopie de son passeport.
  • Pour elle, il n’y a pas de quartier à éviter : le Japon est ultra-sécurisé ! Elle conseille de repérer les quartiers avant de s’installer, pour choisir son ambiance : calme, animée le soir, avec des familles ou des jeunes… Et surtout, cher ou pas ! Elle conseille cependant d’habiter près de son travail car les transports coûtent cher à Tokyo…

Que manger au Japon ?

  • Un vrai sushi de thon au marché au poissons de Tsukiji, à Tokyo. L’idéal est d’y aller le matin pour qu’il soit le plus frais possible ! Païline a adoré l’expérience, même si elle est inhabituelle : « C’était la première fois que je mangeais du poisson aussi tôt le matin ! »
  • Les udon, des pâtes de blé japonaises.
  • Les rāmen, une soupe de pâtes, servies dans un bouillon à base de viande ou de poisson.
  • Le riz sous toutes ses formes !

Que boire au Japon ?

Le matcha, une poudre de thé vert moulu, qui s’utilise principalement comme boisson mais aussi dans les glaces, les pâtisseries… C’est le coup de cœur de Païline : « Si tu n’as pas goûté le matcha, tu n’as pas goûté le Japon ! »

S’il n’y avait qu’une seule chose à faire au Japon ?

Grimper en haut du Mont Fuji, le point culminant du Japon (3 776 mètres). L’ascension se fait sur deux jours, et le mieux est de faire la dernière partie de nuit, pour arriver au lever du soleil… Pour Païline, il faut être en bonne santé, mais « je suis une sportive du dimanche, donc je l’atteste : c’est faisable. »

cerfs sika japon nara
Les cerfs Sika sont des animaux sacrés. Ici, dans la ville de Nara, au Japon. © John Carkeet

Julie

En m'approchant (dangereusement) de la trentaine, j'ai eu envie de prendre un peu d’air frais pour cette décennie qui commence. Après un premier bain de pieds en Turquie en 2015, c'est le grand plongeon début janvier 2017, avec un PVT Argentine, cette fois en compagnie de mon amoureux de presque toujours, Romain. Notre devise de voyage : curiosité, improvisation et contemplation !

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Sahra
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Sahra
9 août 2022 17:36

Cool, merci pour le témoignage !

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