Dans quelques jours, je fêterai la fin de ma première année en PVT au Canada. Un an et un seul territoire plus tard, le Yukon, il n’y a qu’une seule chose dont j’ai vraiment envie à présent, c’est de ne plus passer pour une touriste ! … même si, avec mon accent de frenchy tellement présent, ce n’est pas encore gagné ! Il y avait des choses que je savais déjà avant d’arriver à Whitehorse, comme le fait que le chef d’état officiel du pays est en fait la reine d’Angleterre et que je pourrais avoir une amende si je ne respectais pas le recyclage ici. Il y a cependant 2-3 petites choses que j’aurais bien aimé connaître avant de poser mes pieds sur le sol canadien. Après douze mois passés dans le Grand Nord, je vous livre douze conseils pour y (sur)-vivre comme un vrai local !

vue sur Carcross depuis le sentier de nares mountain

L’immensité du Yukon… Nares Mountain. ©Kelly Tabuteau

1 – Soyez avenant et souriant

Un premier point qui peut paraître cliché, car on lit partout que les Canadiens sont si gentils, si serviables, si souriants… que des fois, on pourrait se demander si ce n’est pas un peu exagéré ! Eh bien non, cela ne l’est pas du tout ! Certains diront que c’est juste une façade qu’ils portent en public, d’autres diront que c’est un mode de vie. Il m’est difficile de trancher pour l’un ou l’autre après seulement un an (même si mon cœur balance pour la seconde option), car j’admets qu’il est laborieux, parfois, de connaître réellement les pensées des Yukonnais (mais comme celles des français, non ?). Du coup, je ne sais « jamais » s’ils agissent comme ils le font, car ils le veulent vraiment ou parce que c’est leur culture… Mais peu importe leurs motivations, je suis quotidiennement enveloppée par un sentiment de légèreté puisque tout le monde semble constamment heureux… Ce qui rend la vie ici beaucoup plus sereine et relaxe ! Alors si vous voulez vraiment vous fondre dans la population locale, oubliez votre expression concentrée du métro parisien et adoptez un visage souriant !

le sourire des gens du grand nord

Avec Gérard, propriétaire de l’auberge Benson Creek Lodge, on est sûr de goûter à l’amabilité yukonnaise. ©Kelly Tabuteau

2 – Modifiez vos habitudes alimentaires

Quoi ? Encore un cliché me direz-vous ? Oui, pour sûr, mais c’en est un autre que je suis obligée de mentionner, car cela sera sans doute votre première vraie adaptation canadienne. Et là encore, que vous vous trouviez à Montréal, Toronto, Vancouver ou Whitehorse, vous vivrez l’expérience complètement différemment !

Je me souviens de mes six mois à Montréal il y a 8 ans. En manque total de fromage, j’avais craqué pour un microscopique Roquefort à 7,99 CAN $. Ici, ce n’est pas une question de prix, mais de disponibilité ! Dans le Grand Nord canadien, vous ne trouverez quasiment aucun produit français (à moins que vous ne vous rendiez à l’épicerie fine de Sylvain, The Gourmet), et vous devrez vous y faire. Exit les tartines de bon pain, beurre-confiture au petit déjeuner, on opte pour des pancakes au sirop d’érable ou des œufs au bacon ; exit les plats raffinés, le burger devient vite un de vos aliments de base… Cela étant dit, il est bien sûr possible de manger sainement au Yukon. Il faudra cependant compter quelques dollars de plus pour votre panier hebdomadaire, même si la problématique pour trouver des bons fruits et légumes frais sera toujours présente ! Une fois dans les rayons du magasin, qui sait combien de temps ils ont passé en camion ?

burger canadien

Plaisir des papilles yukonnais ©Kelly Tabuteau

3 – Devenez meilleur(e) ami(e) avec votre pharmacie

Pourquoi ? Car c’est ici que vous trouverez tout ce qu’il vous faut ! Quand je suis arrivée au Canada, j’étais un peu perdue… avec tous ces changements de routine, je ne savais plus vers où me tourner. Quand une solution miracle m’est apparue : me rendre à la pharmacie ! Ouverte 7 jours sur 7, souvent de très tôt le matin à très tard le soir (8 h-22 h à Whitehorse), j’y trouvais tout ce dont j’avais besoin : une pharmacie, bien sûr, ainsi que tout plein de produits d’hygiène, mais aussi, la poste et de quoi faire mon épicerie de la semaine (on y trouve de tout, sauf des fruits et des légumes frais… mais des conserves, oui !). Alors, cet établissement est rapidement devenu mon meilleur ami, mon dépanneur, l’endroit où je me rends quand je ne sais pas où je peux trouver ce que je cherche !

pharmacie et poste au même endroit

La pharmacie, le lieu où vous trouverez tout ce qu’il vous faut. ©Kelly Tabuteau

4 – Cultivez votre bilinguisme

Car oui, le Canada est un de ces pays avec deux langues officielles : le français et l’anglais… Mais là, je ne vous apprends rien ! Choisissez le Québec et vous serez majoritairement en milieu francophone, optez pour le Yukon et vous serez baigné dans la langue de Shakespeare… mais avec une forte présence franco-canadienne, si bien que vous risquez de passer votre temps à switcher d’une langue à l’autre et que vous devrez vous familiariser avec les particularités de chacune.

En français, c’est tout un tas de nouvelles expressions qui viendra enrichir votre vocabulaire :

– Tu viens dîner avec nous ?
– Maintenant ? Mais il n’est que midi !
– Euh, oui, et ??

Comme en vieux français, les Franco-canadiens ont conservé déjeuner-dîner-souper au lieu de notre actuel petit-déjeuner-déjeuner-dîner. Mais ce n’est pas tout… Vous pourrez aussi entendre : « Où puis-je trouver la laveuse-sécheuse ? », « Ça fera 10 pièces et 35 sous. » ou encore « Bon matin », « Allo », « Où est stationné ton char ? », « Qu’as-tu fait de ta gang ? »… Vous en voulez d’autres ? Cam en a répertorié tout une série !

En anglais, il faudra vous familiariser avec les « exagérations » de vocabulaire employées très fréquemment : « the food is amazing », « the trip was fantastic », « the view is marvelous »,… Si bien que, quand ton copain te demande comment était ta journée et que tu réponds « I had a good day », il te regarde avec de grands yeux qui disent : c’est tout ?? Alors j’essaye de m’y mettre doucement, à utiliser plus d’expressions « pompeuses », mais cela me paraît tout, sauf naturel !

5 – Appréciez les soirées Jeu de société

Partie intégrante de la culture canadienne, vous devez absolument vous mettre à jouer aux cartes… mais pas seulement ! Au Yukon, cela vous permettra notamment de rester occupé pendant vos longues soirées d’hiver, devant votre poêle à bois, avec un thé bien chaud !

planche de cribbage

Une planche de cribbage, un jeu de 52 cartes, c’est tout ce qu’il vous faudra pour les longues soirées d’hiver. ©Kelly Tabuteau

Votre apprentissage commencera avec le cribbage, ce jeu de cartes d’origine anglaise (inventé en 1630 par le chevalier Sir John Suckling) et qui a envahi la quasi-totalité des foyers canadiens. Amateur de poker, certaines règles vous sembleront familières même si le jeu se révèle au final être un peu plus complexe et au moins aussi stratégique. Vous pourrez ensuite apprendre le « Crazy 8 », la version canadienne de notre Uno, qui se joue avec un jeu de 52 cartes. Il y a bien sûr tout un tas d’autres jeux de cartes à découvrir (enfin… à comprendre les variantes canadiennes de nos jeux français;)), ainsi que de nombreux jeux de plateau. Gardez cependant en tête que les Canadiens peuvent se révéler mauvais perdants et prendre un peu trop personnellement leurs défaites… Croyez-moi, j’ai testé leurs réactions en remportant une partie de Monopoly, puis de Risk !

6 – Devenez maître en conversion pieds-cm

Historiquement, le Canada était régi par le système impérial britannique pour toute unité de mesure : température et distance se formulaient en degrés Fahrenheit et miles. Et bien que depuis les années 1970, c’est le système métrique qui est devenu officiel, les habitudes ont la vie dure ! Vous entendrez souvent les Yukonnais s’exprimer en pieds et pouces et vous serez alors complètement perdu ! C’est combien en centimètre, un pied ? 30,48 ! Et puis pour compliquer encore plus les choses, au lieu de se cantonner à un seul système de mesure, ils mélangent les deux ! On parle en kilomètres et degrés Celsius, mais les charges sont toujours notifiées en livres et les tailles en pieds. Un vrai casse-tête quotidien, à moins que vous soyez un pro du calcul mental :)

Et on en parle des mesures en cuisine ??? Une tasse, c’est combien de grammes ? Tout dépend du type d’aliments… Une tasse de beurre, 227 grammes, mais une tasse de farine, ce n’est que 128 grammes… Comme je le disais, un vrai casse-tête, ces mesures !

7 – Arrêtez de traverser au bonhomme rouge

Bah oui, car comme pour le recyclage, vous risquez une forte amende (50 $) si vous traversez au rouge ! Outre ce montant, c’est surtout que vous serez un des seuls à le faire, ce qui ne vous permettra pas de passer inaperçu ! Les Canadiens respectent assidûment cette règle alors pourquoi pas nous ? On le fait bien en voiture, alors pourquoi pas à pied ? C’est certainement la plus « difficile » de mes nouvelles habitudes, moi qui traversais souvent n’importe où et n’importe comment en région parisienne (#pasfière)…

Sachez aussi qu’au Yukon, le piéton est « roi » et que chaque automobiliste a quasiment l’obligation de s’arrêter si vous attendez à un passage piéton sans feu de circulation. Cela rend la vie piétonne tellement plus agréable !

8 – Adoptez la bonne attitude vis-à-vis des ours

Combien de fois ai-je vu des touristes braquer leur appareil photo sur un ours, à peine à cinq mètres de distance ? Trop, c’est sûr ! Surtout dernièrement pendant mes vacances à Haines, en Alaska. Mais cela vaut aussi pour le Yukon. Ces personnes oublient deux choses importantes :

1 : les ours peuvent être dangereux s’ils se sentent en danger.
2 : ce sont des animaux sauvages qui méritent leur tranquillité…

Alors, finalement, le mieux, c’est d’éviter la rencontre inopportune avec l’un d’eux. On évite de randonner seul, on fait du bruit (on parle, on chante, on tape des mains, on équipe son sac d’une clochette…) et surtout on adopte les bons gestes en cas de camping en pleine nature : jamais, mais alors jamais, de nourriture dans une tente !

plan du campement idéal pour se protéger des ours

Quelques simples règles à respecter pour camper en toute sécurité au pays des ours. Source : Parcs Canada.

Et on ne sort pas sans son gaz poivré !

Consultez aussi : Assurer sa sécurité au pays des ours

9 – Oubliez votre côté fashion

Que ce soit en hiver où les multicouches vous feront ressembler au bonhomme Michelin ; ou en été, lorsque la poussière environnante, caractéristique de la sécheresse du Yukon, s’immiscera partout, croyez-moi, vous mettrez rapidement de côté vos beaux vêtements pour vous consacrer à ceux qui ne craignent rien et qui sont confortables. Cela ne veut pas dire non plus que vous ne serez jamais sur votre 31, cela veut juste dire que ça arrivera moins souvent qu’en France ou que dans les autres grandes villes canadiennes.

10 – Pensez autrement qu’en Décathlon

Ah, notre cher Décathlon, le temple de toute activité sportive, avec des vêtements et du matériel de bonne qualité, à un prix plus qu’abordable… Qu’est-ce qu’il vous manquera au Yukon ! Mais en même temps, si vous voulez vraiment vous fondre dans la population locale, il faudra mettre de côté votre sac Quechua et vos T-shirts Kalenji… qui certes sont bien utiles, mais qui vous feront passer, à coup sûr, pour un touriste !

chilkoot trail

Avec un sac Quechua, on passe rarement inaperçu… ©Kelly Tabuteau

À Whitehorse, vous n’aurez qu’un seul choix : Coast Mountain Sports, avec de nombreux produits en équipement d’activités extérieures, mais des prix relativement élevés. Pour les bonnes affaires, Internet reste votre meilleur allié (attention cependant, si vous commandez sur des sites américains, les douanes canadiennes ajouteront la TPS (Taxe sur les produits et les services) sur vos achats… Anticipez-le !).

11 – Adoptez la technique de l’oignon

Un conseil valable quelle que soit la saison ! On trouve ce sujet partout quand on parle de l’hiver canadien, et je ne peux que confirmer qu’il s’agit de la meilleure solution pour profiter agréablement de cette saison au Yukon. Même par -38 °C, il est possible de randonner ou pêcher, si tant est que l’on porte les couches appropriées. Mais c’est un sujet à ne pas négliger en été non plus, car on s’entend qu’un été dans le Grand Nord peut être frais, voire très frais. Personnellement, je ne sors jamais sans mon bonnet et deux ou trois couches dans mon sac à dos pendant la période estivale. La météo peut changer très (trop) rapidement, surtout lorsque l’on commence à marcher au couvert des arbres pour finir sur une crête… dites bonjour au vent glacial !

Sans oublier non plus que les amplitudes thermiques entre l’extérieur et l’intérieur peuvent être plus que grandes !! -30 °C en moyenne en plein hiver yukonnais, contre un +20/25 °C dans les magasins ou dans les bureaux… Prévoyez en conséquence pour ne pas geler sur place (ou fondre… à vous de voir).

12 – Vivez dehors !

Mon dernier conseil, pour réellement vous fondre dans le décor yukonnais, c’est justement d’y vivre, dans ce décor ! Sortir de chez soi pour profiter au maximum de la vie ici. Ce n’est pas pour rien que le slogan du territoire est « Yukon, plus grand que nature ».

Alors, randonner, pagayer, pêcher, chasser, bûcher… Vivez simplement comme les gens ici !

pile de bois pour l'hiver

Bûcher pour vous chauffer l’hiver ! ©Kelly Tabuteau

Avec tout ça, je pense que vous êtes prêt pour passer inaperçu ici haut. À moins que vous ne voyiez d’autres choses ?

Article mis à jour le 11 septembre 2017