On n’est pas tous les jours en Amérique latine : après quelques semaines à Buenos Aires, les jambes nous chatouillent à nouveau. Alors on fait ce que fait le porteño (habitant de Buenos Aires) en temps estival : on prend un ferry, on traverse le Río de La Plata et on va se baigner en Uruguay. Une bonne occasion de découvrir un nouveau pays… Mais aussi d’envoyer des photos de nous en maillot de bain aux copains qui se gèlent les fesses dans l’autre hémisphère – on vous assure, ça a un côté jouissif, même si on n’est pas à l’abri d’une petite vengeance quand viendra l’été français…

On n’a pas beaucoup de temps (trois jours, deux nuits), mais ça suffit pour une escapade ; on grimpe dans le bateau avec notre amie Charlotte, nouvellement arrivée en PVT Argentine, avec notre tente et deux t-shirts, et c’est parti pour l’aventure uruguayenne !

Maté et carte en Uruguay à Colonia

Un maté et une carte : équipement de base du voyageur en terre gaucha

L’Uruguay, un petit pays peu connu

Pour ceux qui ne seraient pas familiers avec ce petit pays de 3 millions d’habitants, une rapide carte postale. À l’international, l’Uruguay est connu pour son ex-Président Jose « Pepe » Mujica, ancien guerillero qui, lors de son mandat, roulait dans une vieille Coccinelle bleue, refusait d’habiter dans la résidence présidentielle – qu’il a d’ailleurs proposée aux sans-abris lors d’une vague de froid en 2012 -, et qui fréquentait les sommets internationaux sans cravate et avec des chaussures élimées, par principe. Ça donne une idée du personnage.

Mais les voisins argentins et brésiliens ne s’intéressent pas tellement à la politique du pays. Pour eux, l’Uruguay est avant tout l’endroit où il y a des plages magnifiques, de la marijuana légale, et des addicts au maté. Globalement, les Uruguayens sont perçus par leurs voisins comme des gens tranquilles et « buena onda » (si vous n’êtes pas au point sur le lexique argentin, allez réviser ici). Tellement sympathiques que les porteños – plutôt connus pour leur arrogance – sont prêts à leur donner le monopôle de la buena onda : un ami argentin nous a un jour confié « Tu vois, l’Uruguay c’est comme l’Argentine, mais avec des gens sympas ». Cet amour n’est pas du tout réciproque. Et pour cause : dès que les beaux jours pointent le bout de leur nez, l’Uruguay devient une immense station balnéaire argentine… Ce qui peut légitimement fatiguer les Uruguayens, même buena onda. Une Uruguayenne croisée sur la route, Andréa, nous a résumé cette relation amour-haine : « En fait, les Argentins nous aiment beaucoup plus que nous on les aime ».

Autre fait notable : les Argentins et les Uruguayens sont dans une sorte de concours du plus gaucho : Qui boit le plus de matés ? Qui fait le meilleur asado ? On se gardera bien de trancher – on ne voudrait pas interférer dans un conflit international. Par contre, après quelques jours là-bas, on ne peut que constater que le maté y est encore plus développé qu’en Argentine : environ la moitié de la population se balade en ville avec un thermos et un maté à la main. Les plus chics ont même des matés assortis au thermos, le tout assorti au sac à main…

Sur le ferry entre Buenos Aires et Colonia, entre l'Argentine et l'Uruguay

Sur le rio de la Plata, entre Buenos Aires en Argentine et Colonia en Uruguay. Le chemin des vacances !

Colonia : sérénité à l’ombre des saules

Le bateau part de Puerto Madero, à Buenos Aires, pour nous emmener sur l’autre rive : à Colonia, en Uruguay. Dès le début de la traversée, on se met en mode vacances : on passe quatre heures de bateau sur le pont, à prendre des coups de soleil et à boire du maté. On est donc plutôt détendus (bien qu’en légère tachycardie) quand on arrive à Colonia del Sacramento, Uruguay. La ville est petite mais très jolie : des ruelles pavées, des maisons basses, une grande place, le tout bordé par l’eau du Río de la Plata, dont le clapotis assorti au balancement des branches des saules amène une certaine sérénité. On a envie de s’asseoir, de regarder, de parler de tout et de rien. C’est une ville qui se prête bien au tourisme qu’on affectionne, la technique de la « balade sans but » : marcher, et découvrir au détour d’une rue un bâtiment magnifique, un phare (que l’on peut visiter), une petite plage, des pêcheurs en pleine action…

À Colonia, on dort au camping Los Nogales, un petit coin de verdure un peu excentré. Le concept du lieu est simple : pas d’emplacements mais des parillas (endroits pour faire des asados) et des bougainvilliers. Le propriétaire du camping est aussi bourru que sympathique : après un premier contact en monosyllabes, c’est une fois le check-in fait qu’il décide de nous prendre sous son aile.

Le premier soir, on fait face à un challenge de taille : notre premier asado en autonomie (et en terre gaucha, pression maximale). On achète donc de la viande et quelques légumes en ville. De retour au camping, on achète du bois au propriétaire, puis on commence à faire notre feu. Alors qu’il prend difficilement, on entend le proprio parler avec son collègue… Et on entend le mot « asado ». À ce moment-là, on soupçonne que la phrase ait été quelque chose du genre « Hé, t’as vu, y’a les trois grenouilles qui veulent faire un asado, vas les aider parce que je les sens un peu mal barrés, là… », car le proprio débarque, et commence par enlever tout ce qu’on a fait. Puis il fait un énorme tas de bois (on essaie, tant bien que mal, de lui expliquer qu’on a que trois saucisses à faire cuire, mais je pense que c’est impossible pour lui de concevoir un asado avec moins de 12 kilos de viande) et lance le feu. Sa technique marche très bien (logique, c’est un pro), on fait donc cuire nos chorizos (pour faire des choripáns bien sûr !). On est tellement des campeurs du dimanche qu’on n’a même pas une assiette : pas grave, on mange avec les doigts, comme des vrais gauchos.

Les bords du Rio de la Plata, à Colonia, en Uruguay.

À Colonia, sur les bords du Rio de la Plata, l’endroit parfait pour philosopher en regardant le ciel.

Le lendemain, on se réveille heureux comme des colibris sous les bougainvilliers (il y en a partout ici). Un petit déjeuner (composé d’un savant mélange entre restes de chori et d’abricots écrasés, néanmoins délicieux) et quelques douches plus tard, on est prêts pour faire du stop jusqu’à Montevideo, la capitale uruguayenne !

Notre micro voyage en stop

Ignacio, la curiosité incarnée

On prend la Ruta 1 – la route qui longe la côte – direction Montevideo, à environ 400 Kilomètres. Notre premier chauffeur est Ignacio, un Uruguayen d’une trentaine d’années qui vit à Rosario, à quelques kilomètres de là. Il nous parle de son pays, de son amour pour la campagne et la tranquillité, même si ça peut être dur. Car « pueblo pequeño, inferno grande », nous confie-t-il avec philosophie : « petit village, grand enfer »… Il semble que certaines choses soient internationales. Il est d’une curiosité touchante : il nous explique qu’il rêve de faire un grand voyage, mais qu’avec une famille, ce n’est pas facile… Alors à la place, il prend toujours les gens en stop, et profite de ces petits témoins d’un autre monde pour voyager par la parole. C’est joli, non ?

Au bord de la ruta 1, entre Colonia et Montevideo, en Uruguay

Romain et moi au bord de la Ruta 1, affichant nos plus beaux sourires en espérant qu’une voiture s’arrête… © Charlotte Lazarewicz

Andrea et la Nueva Helvecia, la Suisse uruguayenne

On quitte Ignacio et c’est assez rapidement qu’Andrea, une vétérinaire qui travaille dans le coin, s’arrête. Elle commence par s’excuser du manque de place dans sa voiture : ça donne une idée du niveau de gentillesse de la personne. Elle décide de nous faire visiter son village, la Nueva Helvecia… Et on entre alors dans un monde surréaliste. Car la Nueva Helvecia, c’est en gros un petit bout de Suisse en Uruguay : drapeaux de tous les cantons suisses le long de la route, grosse sculpture de gruyère, et même une arche construite comme un chalet suisse… On s’attend presque à voir surgir Heidi au coin de la rue ! Andrea nous explique que cette partie de l’Uruguay vit de la production de fromage, un savoir hérité des colons suisses qui s’y sont installés. Comme plein de gens ici, Andrea est binationale : elle est moitié italienne, avec de la famille d’origine suisse… Sans n’avoir jamais mis un pied en Europe.

Elle nous pose dans le centre du village, et on reprend notre périple… Enfin, on voudrait. Car commence une déprime que l’autostoppeur connait bien : on a beau s’acharner, sortir nos plus beaux sourires, aucune voiture ne daigne s’arrêter – au mieux, on récolte ce petit haussement d’épaules assorti d’un sourire désolé, bien que la voiture soit vide. On finit donc par abdiquer (on a trois jours en Uruguay, on ne va pas passer huit heures au bord de la Ruta 1), et on grimpe dans un bus pour Montevideo

Sur la Ruta 1, entre Colonia et Montevideo.

Sur la Ruta 1, entre Colonia et Montevideo.

Montevideo, la jumelle non hyperactive de Buenos Aires

À Montevideo, on retrouve nos repères portègnes : des cuadras, des bus, plein de gens, avec en plus des places et le Río de la Plata. Il suffit de marcher un peu dans Montevideo pour voir la ressemblance avec Buenos Aires, notamment sur l’architecture sans queue ni tête : immeuble moderne, petite maison style coloniale, puis immeuble haussmannien…

Après avoir posé nos affaires dans notre hostel, le Willy Foggy (le moins cher de la ville), on boit un maté et on part se balader, avec un objectif : manger un chivito, ce sandwich mystérieux qui semble être l’un des hits culinaires de l’Uruguay.

Coucher de soleil sur le Rio de la Plata, à Montevideo, en Uruguay

À Montevideo, on arrive au bord du Rio de la Plata juste au moment du coucher de soleil. C’est ce qu’on appelle le sens du timing…

En guise d’apéritif, on se perd un peu dans les rues : le río borde la ville, ce qui nous donne droit à un coucher de soleil magnifique. Une fois de retour dans le centre, on se procure le fameux chivito. Même s’il le voulait, le chivito est tellement rempli de bonnes choses qu’il ne pourrait pas être mauvais : viande, jambon, œuf, fromage et garnitures dans du pain… Verdict : le chivito, c’est vachement bon !

Le soir, on va au bar Andorra, haut lieu de rencontre des jeunes uruguayens, qui est tellement plein qu’on déborde sur la route : pas grave, on s’assied sur le trottoir, on s’improvise une table au sol et on profite. On y retrouve nos copains Josefina (Uruguayenne rencontrée en Bolivie), Thomas et Eva (un uruguayen et une espagnole, tous les deux amis de Charlotte). On passe une des ces soirées irremplaçables pour découvrir un pays : assis, à discuter de politique, de littérature, de musique, d’expressions uruguayennes, du voyage, de la vie, de l’amour, de la mort, du futur…

Micro-lexique uruguayen : le bo et le ta, deux mots indispensables

Si vous ne deviez apprendre que deux mots uruguayens, ce serait d'abord le bo, une abréviation de vos, qui fonctionne comme un équivalent du che argentin : on peut le traduire par mec, ou mon pote. Le second serait le ta, un raccourci de esta qui sert en gros à dire ok, d'accord, ou voilà, et qui est utilisé dans à peu près 98 % des phrases uruguayennes.

Immeuble à Montevideo, en Uruguay

La lumière est tellement belle au bord du Río de la Plata que même un immeuble moche devient poétique…

Le lendemain matin, on continue notre exploration : après un petit-déj’ au café (hé, on est en vacances quand même !), on erre tranquillement dans les rues de Montevideo, on observe ses marchés en plein montage, les petites maisons basses et multicolores. On longe le Río de la Plata par la Rambla, faisant ainsi la typique balade du dimanche en Uruguay… Et on profite du beau temps pour se baigner. On est en décembre, et on est en maillot de bain en train de patauger dans le Río de la Plata : psychologiquement, c’est jouissif.

bain de soleil près du rio de la plata, à Montevideo, en Uruguay

Charlotte et Romain prennent un bain de soleil. C’est décembre à la plage… Ahou chachacha !

À midi, on retrouve Josefina, qui veut nous faire goûter un autre des classiques culinaires uruguayens : le gramajo, un tas de frites avec de l’œuf, des oignons, du jambon… Un délice ! (on vous laisse admirer la photo si vous n’êtes pas convaincus…)

On découvre aussi l’ampleur de l’addiction au maté dans ce pays. En vraie Uruguayenne, Josefina a constamment son thermos sous le bras et son maté à la main ; elle en profite pour nous donner un petit cours de maté uruguayen qui, à la différence de l’Argentin, a une petite montañita d’herbe sèche (une petite montagne), ce qui permet de le faire durer plus longtemps. C’est toute une science, quoi. Et il est tellement inconcevable de priver un Uruguayen de son maté que nous le buvons aussi au restaurant…

Le gramajo, cuisine d'Uruguay

Le fameux (et délicieux) gramajo, un grand plat à partager !

C’est la dernière fois qu’on revoit Josefina (avec qui on a partagé un petit bout de chemin en Bolivie, un feu de joie et une pause pipi, mais ceci est une autre histoire que l’on vous racontera bientôt) et c’est un peu triste. En guise d’adieu, elle nous fait un cadeau merveilleux, bien qu’un peu dangereux pour notre addiction : des alfajores ! Et pas n’importe lesquels : d’abord, des alfajores de Las sierras de minas, l’une des marques les plus anciennes d’Uruguay. Avec ça, un échantillon des alfajores Marley, baptisés ainsi par leur créateur qui les a pensés comme encas post porro (« joint »)… Les deux sont délicieux !

Après ce dernier repas, c’est la fin des vacances. On remonte dans le bateau, et on rentre à Buenos Aires avec quelques heures de retard (une obscure histoire de navire bloqué…). On finit le voyage en beauté : on se partage une épaisse pizza, et on file au lit, fatigués et heureux. L’Uruguay m’aura laissé une sensation de tranquillité positive, bien loin de l’agitation anxieuse de Buenos Aires, toujours au bord du chaos et de la crise économique. Buenos Aires est belle pour toute cette énergie, mais aussi fatigante. En face, l’Uruguay ressemble au pays des bisounours, fidèle à sa réputation malgré ses problèmes économiques : buena onda, ouvert, tranquille. Je serais curieuse de voir Montevideo un peu plus longtemps… Tiens tiens, une nouvelle idée de PVT ?

En pratique : toutes les infos pour votre escapade en Uruguay

Comment se rendre en Uruguay ?

  • Il existe plusieurs compagnies de bateau : Colonia Express et Buquebus sont les plus connues. Nous avons voyagé avec Colonia Express, qui relie Buenos Aires à Colonia del Sacramento en un peu plus d’une heure.
  • Dans la mesure du possible, réservez à l’avance ! Les prix augmentent assez vite…
  • N’oubliez pas que vous allez dans un autre pays ! Munissez-vous de votre passeport, et venez un peu à l’avance au terminal de bateau…
  • Le terminal est situé à Puerto Madero, au bout de l’avenue Córdoba.
Comment payer en Uruguay ?

  • La monnaie en Uruguay est le peso uruguayen, dont vous pouvez suivre le taux de change ici.
  • À Colonia, beaucoup de commerces acceptent les pesos argentins, mais ils pratiquent un prix plus élevé que si vous payez en pesos uruguayens.
  • La carte bleue est acceptée dans la plupart des commerces et vous donnera parfois droit à des réductions.
Que manger en Uruguay ?

  • Le chivito, un sandwich de viande accompagné d’à près tout ce que vous voulez : jambon, fromage, petits pois, tomates, oignons, poivrons, pois chiches, salade, olive, concombre… À gusto, comme disent les Uruguayens !
  • Le gramajo, un tas de frites, avec des œufs brouillés, du jambon, des oignons. Plutôt à partager, à picorer autour d’un verre.
  • L’alfajor de Las Sierra de Las Minas : notre top 1 niveau sucreries uruguayennes (et « le premier alfajor du pays », d’après la pub !)
  • Le maté : si vous n’avez jamais goûté, c’est l’occasion, car vous trouverez difficilement une nation plus addict au fameux breuvage gaucho
Où dormir à Colonia et Montevideo ?

  • À Colonia, on a dormi au Camping Los Nogales – le seul de la ville. C’est spartiate, mais calme et pas trop mal entretenu. Et surtout, c’était pour nous un vrai bonheur de se réveiller le matin les pieds dans l’herbe… Depuis le centre-ville, vous devrez marcher environ 25 minutes pour y arriver.
  • À Montevideo, on a dormi au Willy Fogg Hostel, le moins cher de la ville. Bien qu’il ne soit pas merveilleux, il a l’avantage d’avoir une super terrasse et, surtout, d’être très bien placé… Ce qui, pour une nuit à Montevideo, nous convenait parfaitement !
Où sortir à Colonia et Montevideo ?

  • Colonia n’est clairement pas la ville de la fête. Par contre, c’est l’endroit parfait pour siroter une bière au coucher du soleil en écoutant le clapotis de l’eau… Avant d’aller faire votre asado au camping, évidemment ! On a testé le café-bar-restaurant A la Pipetúa, juste à côté du phare : sympa, tranquille, avec une super terrasse.
  • À Montevideo, on a testé le bar Andorra, le repère de la jeunesse uruguayenne ! Au programme, bière (classique), petite restauration, quelques concerts et beaucoup de buena onda !
Que faire à Colonia et Montevideo ?

  • À Colonia, après une balade dans le centre-ville et ses alentours (on vous conseille de longer le río !), grimpez dans le phare : outre le charme du petit bâtiment en lui-même, il vous offrira une vue imprenable sur Colonia et sa baie.
  • À Montevideo, il est très chouette de se balader dans les différents quartiers, qui ont tous leur identité bien marquée. N’oubliez pas de longer le Río de la Plata par la Rambla, la balade du dimanche typique pour les montevideanos… Et selon la saison, vous pouvez terminer la balade par une petite baignade !
Article mis à jour le 9 août 2018