Quand je suis arrivée au Yukon, je n’avais pas de plan précis… Enfin si : un bénévolat chez un musher jusque mi-avril, puis un projet de road-trip à travers le Canada. Oui, mais voilà, tout ne se passe jamais comme prévu… Ce que mes voyages m’ont appris depuis plusieurs années, c’est que, finalement, les plans sont faits pour être défaits… En effet, je n’avais pas envisagé une fin précipitée de mon volontariat après seulement deux mois, ni de tomber amoureuse du Yukon et de ses habitants ! J’ai donc dû me poser et réfléchir à la suite de mon PVT Canada beaucoup plus tôt que je ne le pensais. Vous l’avez sûrement compris, c’est à Whitehorse que j’ai décidé de poursuivre mon aventure !

bateau à whitehorse

Le SS Klondike trône fièrement à l’entrée de Whitehorse ©Kelly Tabuteau

Et si on dit souvent que vivre en plein milieu de la nature n’a pas de prix, je dois admettre que ce n’est pas tout à fait vrai… La vie « Up North » coûte cher, et présente une variété restreinte de choix, tant pour la nourriture, que les vêtements, ou que le logement. Alors pour survivre dans cet environnement qui peut déjà sembler hostile entre son rude hiver et sa population d’ours et de loups, il n’y a pas d’autre choix que de trouver un boulot ! Confrontée à cette réalité mi-novembre, j’ai eu quelques semaines de recherches actives avant d’enfin décrocher un job intéressant.

Premières étapes : internet et téléphone mobile

Sans ces deux outils, votre recherche d’emploi semble difficile : le premier étant essentiel pour trouver des offres, le second pour appeler ou être rappelé après avoir déposé vos CV à droite et à gauche. Car oui, ici, le dépôt de CV est de rigueur et est grandement apprécié. Les managers peuvent de suite jauger votre motivation, ce qui vous donnera un avantage sur une personne s’étant contentée d’envoyer un courriel avec sa candidature.

Au Yukon, il n’y a qu’un seul fournisseur internet. C’est NorthwesTel. Et qui dit un seul fournisseur, dit monopole, dit prix qui flambent. Vous ne trouverez pas de forfait illimité comme en France. Vous devrez choisir celui qui correspond à vos consommations mensuelles de datas.

Vous vivez seul ? Pas de souci, vous gérez par vous-même.

En colocation, ça se gâte… Un forfait pour la maisonnée… Il y a fort à parier que c’est le proprio qui décidera du forfait, quitte à débrancher le modem si le forfait vient à être dépassé… (c’est du vécu ! une semaine sans internet à la maison et je me sentais perdue…). Notez déjà qu’il vous sera sûrement interdit de télécharger quoi que ce soit ou de regarder des films/séries en streaming (trop « datavore »), de passer plus que quelques heures par semaine sur YouTube, ou encore de vidéo-skyper tous les jours pendant des heures… Vous l’aurez compris, Internet, c’est un peu la galère ici, surtout pour nous, français… Mais comme à tout problème existe une ou des solutions, en voici quelques-unes :

  • Squatter le Starbucks ou Tim Hortons du centre-ville où le WiFi est gratuit à condition de consommer un petit truc…
  • Se rendre à la bibliothèque municipale et profiter d’une heure d’accès internet gratuite par jour, que vous soyez membre ou non,
  • Utiliser les services offerts par l’Association franco-yukonnaise ou par le centre multiculturel du Yukon (cf. mes bons plans).
antenne réception internet et téléphone mobile

Les antennes, givrées en plein hiver… ©Kelly Tabuteau

Pour le téléphone mobile, c’est la même guerre que partout ailleurs au Canada : pas de forfait illimité à 20 € ! Ici, même les appels entrants vous coûtent ! J’ai personnellement opté pour une carte prépayée Telus. La carte SIM m’a coûté 15 $, j’utilise mon téléphone français, et chaque mois, je recharge mon compte. Vous aurez plusieurs choix ; le mien s’est orienté vers Essentiel 22 (22 $ donc par mois + les 5% de taxe) : 50 minutes de communications (in et out), SMS illimités et pas de data, amplement suffisant pour être joignable par les potentiels employeurs, tout en gardant contact avec les ami(e)s sur place !

Consultez aussi : Forfait téléphone mobile au Canada : que choisir en PVT ?

Vous avez à présent tous les outils pour trouver votre job idéal. N’oubliez pas, qu’avant de démarrer un boulot, vous devez posséder votre NAS, et dans la majorité des cas, une fois votre contrat signé, il vous faudra fournir un spécimen de chèque pour recevoir votre paie. Pensez donc à ouvrir votre compte bancaire canadien !

Faire son choix entre un job permanent ou saisonnier

Si vous souhaitez vous installer, votre choix se portera naturellement sur un job permanent. Ils ne sont pas si nombreux, surtout si vous cherchez dans un secteur spécifique. Le Yukon est encore relativement « sauvage », et tous les domaines ne sont pas représentés, loin de là ! Il y a donc des marchés à prendre (car créer son entreprise est relativement simple) pour développer une entreprise avec vos propres compétences. Ne perdez pas de vue cependant que cela peut être long, très long avant de réellement en vivre… Yukon time oblige !

Après, si vous n’êtes pas spécialement exigeant, il y a de nombreux postes peu qualifiés à pourvoir tels que personnel nettoyant en hôtel ou hôte/hôtesse de caisse.

Si vous êtes juste de passage au Yukon, visez l’été, la pleine période d’emploi. L’économie du Yukon tourne essentiellement autour du tourisme estival et le nombre d’offres explose dès avril. Il y en a pour tous les goûts : réception, cuisine, guide (randonnée ou canoë),… et j’en passe.

Rédiger un bon CV pour le Canada

Il peut tenir sur deux pages, comme le français. La différence notable est ce que vous mettez en avant : insister sur vos aptitudes plutôt que sur vos diplômes ; dégager de chacune de vos expériences professionnelles, la compétence qu'elle vous a permise d'acquérir. N'indiquez aucune information personnelle comme votre âge, sexe ou nationalité. Au Yukon, l'AFY pourra vous aider gratuitement à rédiger votre CV aux « normes » canadiennes

Quel que soit votre cas, yuwin.ca sera votre meilleur ami ! Ce site internet recense la majorité des offres d’emplois de tout le Yukon. Je ne compte plus les heures que j’ai passé à éplucher chacune de ses annonces, ni le nombre auxquelles j’ai postulé (par courriel ou en me montrant à la porte), sans jamais avoir de retour. Ne vous découragez pas, insistez. Il y a une semaine, je recevais encore des coups de fil pour des candidatures déposées fin novembre…

starbucks pour du wifi gratuit

Un café, du Wi-Fi, et c’est parti pour une recherche intense ! ©Kelly Tabuteau

Do you speak anglais ?

De votre réponse dépendra le poste auquel vous pourrez prétendre. Je ne vais pas vous mentir : il est clair que si votre niveau d’anglais est débutant, il vous sera difficile d’accéder à un poste à haute responsabilité… Croyez-moi, j’en ai fait l’expérience ! Je suis arrivée en septembre avec un niveau débutant « avancé », mi-novembre, quand je me suis retrouvée sur le marché du travail, mon niveau n’avait pas évolué puisque mon bénévolat était dans une famille suisso-québécoise ! Je ne vous cache pas que cela a été une période difficile… Pas confiante du tout pour travailler dans un milieu anglophone, j’ai pris mon courage à deux mains pour aller postuler en personne dans plusieurs établissements.

Je visais des postes de réceptionnistes d’hôtel (pour justement améliorer mon anglais), idéalement de guide musher, et aussi de coach sportif, même si, donner un cours de fitness en anglais était pire pour moi qu’une préparation pour un iron-man, c’est dire ! J’ai finalement décroché un job alimentaire de caissière à Superstore (en complément de celui de pigiste pour le journal français du Yukon) avant d’avoir la chance de rejoindre l’Association franco-yukonnaise. Sans la barrière de la langue, j’ai donc pu accéder à des postes plus qualifiés : comptable et assistante de direction.

association franco-yukonnaise

Le centre de la francophonie, abritant, entre autres, l’association franco-yukonnaise. ©Kelly Tabuteau

Bénévolat : Workaway et compagnie

Une autre option toujours envisageable, le volontariat ! En échange de quelques heures de main d’œuvre par jour, vous serez nourri et logé, immergé dans une famille yukonnaise. Quelle meilleure solution pour découvrir la culture du pays ? Après mon premier essai, et aussi mon premier échec, j’étais réticente à retenter l’aventure de suite. Je ne dis pas non pour toujours mais je savais que ce n’était pas ce que je voulais dans l’immédiat. Cela étant dit, je suis convaincue que c’est une super façon de voyager et d’aller à la rencontre des autres. Plusieurs sites existent pour trouver une mission. Le plus connu, il me semble, est HelpX.

Consultez aussi : Vivre chez l’habitant : HelpX et Wwoofing

helpx apprenti bucheron

Vous vous sentez l’âme d’un bûcheron ? Vous trouverez forcément un bénévolat au Yukon ! ©Kelly Tabuteau

Au Yukon, et au Canada en général, les hôtes utilisent davantage Workaway. Le principe est exactement le même mais le site, plus récent, est légèrement plus attrayant. On commence donc par remplir son profil avec ses expériences, motivations et envies, on acquitte ensuite les frais (29 US$ pour un an), puis on peut contacter (ou être directement contacté par) n’importe quel hôte. Chaque hôte détaille sur son profil quel type d’aide il recherche, le nombre attendu d’heures de travail par jour, et y ajoute des photos. De votre côté, vous pouvez consulter les avis d’anciens bénévoles pour vous aider dans votre choix.

Pensez à vous y prendre à l’avance : les offres les plus « alléchantes » peuvent être pourvues jusqu’à un an à l’avance.

À quoi postuler et pour quel salaire ?

Le salaire brut minimum, au Yukon, est de 11,10 $ de l’heure.

Même si le gouvernement (du Yukon ou fédéral) n’offre pas de poste permanent aux PVTistes, vous pouvez toujours postuler pour des emplois saisonniers, qui sont relativement bien rémunérés. Si vous êtes choisi pour le poste, vous devrez passer un test de langue pour valider votre bilinguisme.

Mes bonnes adresses pour se faire assister

L’Association franco-yukonnaise offre gratuitement des services d’aide à l’emploi (un genre de Pôle Emploi yukonnais) : rédaction de CV et lettre de motivation, traduction de vos documents, préparation aux entretiens… et accès au centre de ressources (avec accès illimité à un ordinateur et donc à Internet).

Le Centre Multiculturel du Yukon offre gratuitement des cours d’anglais à tout arrivant. Vous devrez passer un test pour évaluer votre niveau et être affecté au groupe qui vous correspond. Une fois « étudiant », vous aurez accès illimité aux ordinateurs (et à Internet aussi). Janet relira gratuitement vos lettres de motivation et CV (déjà rédigés en anglais) pour apporter les corrections nécessaires avant d’aller postuler sereinement.

Une offre importante sur les métiers auprès des jeunes

Bien que titulaire du BAFA, cela fait des années que je n’ai plus travaillé avec des enfants. Je n’en ai plus envie, et ce n’était clairement pas mon objectif en arrivant au Yukon. Lors de ma demande de PVT, je n’ai donc pas coché la fameuse case… Ce que je regrette aujourd’hui ! En effet, avoir l’autorisation de travailler avec des jeunes ouvre de nombreuses portes au Yukon. Que ce soit pour des emplois permanents en garderie ou des jobs « sur appel », il y a de nombreux postes, notamment en tant que professeurs suppléants pour pallier aux absences des enseignants titulaires ! Aucune qualification n’est demandée et l’offre est tellement importante que c’est du travail facile à obtenir, et qui peut dépanner !

Alors si vous souhaitez mettre toutes les chances de votre côté pour trouver un emploi au Yukon et que vous avez déjà un peu d’expériences avec des enfants, je ne peux que vous conseiller de cocher cette fameuse case lors de la demande de votre PVT. Une fois fait, vous devrez fournir un extrait de casier judiciaire (de tous les pays où vous avez vécu plus de six mois) et vous soumettre à une visite médicale.

Ceci entrainera quelques frais et démarches supplémentaires avant de démarrer votre PVT Canada donc, mais qui peuvent vite être rentabilisés ! À vous de juger selon votre cas.

les joies de la glisse en hiver au yukon

©Kelly Tabuteau

Article mis à jour le 26 mai 2017